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Documents d'information



Document d'information nº 1

Simulation d'une conférence économique internationale

Informations de base

L'agriculture mondiale est en crise. Tout comme en Saskatchewan, les agriculteurs et les agricultrices des autres régions du monde trouvent de plus en plus difficile d'obtenir un rendement équitable de leurs investissements et de leur travail. Les gouvernements se trouvent dans l'incapacité de résoudre le problème eux-mêmes. Ils ont donc décidé de se rencontrer et d'essayer de régler les différends de façon à aider chacun.

Dans cette activité, il va falloir examiner la crise internationale, les causes, et la façon dont elle touche les agriculteurs du monde entier, puis déterminer ce qu'il faut faire pour la résoudre.

L'activité prendra la forme d'une commission. Une commission ressemble à un tribunal dans la mesure où un groupe de juges joue le rôle d'arbitre entre les parties en conflit. Dans ce cas toutefois, les juges n'ont aucun pouvoir légal pour obliger les parties à aller contre leur volonté. Les juges ne peuvent faire que des recommandations sur lesquelles les parties en conflit doivent s'entendre.

La classe sera divisée en cinq groupes représentant les agriculteurs et les agricultrices de l'Ouest canadien, ceux des États-Unis, ceux de l'Afrique, ceux de la Communauté économique européenne et ceux de l'Amérique latine. Dès que les groupes seront formés, élire ou nommer quelqu'un qui jouera le rôle d'un juge à la Commission.

La première tâche de chaque groupe consistera à assimiler les éléments qui expliquent son point de vue sur la crise agricole. Chaque groupe devra s'informer sur sa situation, car il est important de bien la connaître.

Chaque groupe doit préparer une présentation de son point de vue et la soumettre à la Commission et aux autres groupes. Au cours de la présentation, ne pas relire les informations qui ont été données. Faire preuve d'imagination et de persuasion pour présenter les informations. S'assurer également que chaque personne du groupe participe à la présentation. Écouter attentivement la présentation des autres groupes, car il faut comprendre leurs points de vue sur la question.

Dès les présentations terminées, chaque groupe doit se rencontrer pour discuter des solutions à apporter à la crise agricole. Toute solution suggérée doit pouvoir être acceptée par tous les autres groupes. Si elle n'est pas acceptable pour tous, la situation de l'agriculture continuera indéfiniment. Donc, ne pas hésiter à consulter, au besoin, les autres groupes.

Lorsqu'on envisage des solutions à la crise agricole, plusieurs complications entrent en ligne de compte : Dès que chaque groupe aura présenté ses propositions à la Commission, celle-ci se réunira pour en discuter. Elle peut proposer sa propre solution, modifier l'une des propositions énoncées par les groupes, ou l'accepter telle quelle. La Commission peut également s'avérer incapable d'atteindre un accord acceptable pour tous, auquel cas le problème reste sans solution. Si elle réussit à s'entendre sur une proposition, celle-ci doit être acceptable pour la majorité des membres de chaque groupe, afin de pouvoir être adoptée.

Document d'information nº 2

Instructions spéciales destinées aux membres de la Commission

Dès que vous avez été élu ou nommé pour faire partie de la Commission, vous devrez toujours vous réunir avec les autres membres de la Commission, mais pas avec ceux qui font partie de votre groupe. Il est toutefois important de vous souvenir de quel pays vous venez et des intérêts que vous représentez. Bien que la Commission se veuille « neutre » et que chaque membre s'efforce de trouver une solution juste à la crise agricole, les participants et les participantes devront être également particulièrement sensibles aux besoins de leur propre pays.

Pendant que les groupes préparent leur présentation, apprenez ce que les agriculteurs et les agricultrices de ces régions du monde pensent de la crise agricole. Préparez-vous suffisamment bien pour savoir ce que vous devez attendre des divers groupes au moment où ils font leur présentation. Pendant que vous examinez ces éléments et que vous écoutez les présentations, vous devez voir plus loin que ce que vous révèlent les émotions de chacun et les points de vue partiaux, et essayer de saisir quels sont exactement les enjeux.

Posez-vous les quatre questions fondamentales suivantes : Si vous pouvez répondre à ces quatre questions de façon satisfaisante, vous aurez déjà fait un grand pas vers la solution.

Document d'information nº 3

But premier de la Commission

Le but premier de la Commission est d'examiner les raisons pour lesquelles l'agriculture mondiale est en état de crise, et comment cette crise se répercute sur les agriculteurs et agricultrices dans diverses régions du monde. Après avoir écouté la version de certains agriculteurs, la Commission essaiera de trouver une solution à cette crise, sur laquelle toutes les parties intéressées devront s'entendre. Les pages suivantes fournissent des éléments essentiels pour comprendre les politiques qui ont abouti à cette crise.

L'origine de la crise agricole mondiale

La plupart des pays européens ont de tout temps protégé leur agriculture grâce à des politiques commerciales restrictives. Ces politiques ont limité ou interdit l'échange de certains produits agricoles. Elles avaient pour but d'encourager et de stimuler la production agricole de chaque pays, même si, dans bien des cas, il aurait été plus rentable d'importer ces produits.

L'Allemagne, par exemple, exportait des céréales dans les années 1860 et 1870. Les agriculteurs allemands ne recevaient aucune subvention du gouvernement, et n'en voulaient pas, parce qu'ils réussissaient sans aide. Mais, à la fin des années 1870, les États-Unis ont commencé à exporter de grandes quantités de céréales, ce qui a fait baisser les prix et provoqué la chute du revenu des agriculteurs allemands. Pour l'Allemagne, il aurait été logique d'acheter les céréales américaines à bon marché, et d'utiliser la main-d'oeuvre, la terre et les investissements des agriculteurs à des fins plus rentables. Mais le gouvernement allemand a préféré interdire les importations des États-Unis, obligeant de ce fait les Allemands à acheter des produits locaux plus chers.

En 1946-1947, l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) a été négocié. Bien que l'objectif du GATT ait été d'instaurer le libre-échange dans le monde entier, les États-Unis, premier producteur alimentaire mondial à cette époque, ont refusé le libre-échange en agriculture. Cette décision a déterminé la politique agricole d'aujourd'hui.

Avant, pendant et après la guerre, la plupart des pays européens ont appliqué des politiques visant à protéger leur agriculture de la concurrence internationale. Lorsque six pays européens se sont réunis en 1957 pour former la Communauté européenne, ils ont voulu fixer une politique agricole commune ou unifiée. À ce stade, les six pays membres protégeaient leurs agriculteurs et agricultrices de différentes façons et à divers degrés. Les agriculteurs allemands étaient les plus protégés et n'étaient pas prêts à abandonner cette protection, si bien que la Communauté européenne a choisi une politique agricole très protectionniste.

À la base, la Politique agricole commune (PAC) fixe un prix minimal que les agriculteurs reçoivent pour leurs produits, et leur garantit un marché. Ce prix est presque toujours supérieur au prix mondial et peut l'être de beaucoup. Cette politique stimule la production, car les agriculteurs savent qu'ils peuvent vendre ce qu'ils produisent. Il est évident que le marché ne fonctionne habituellement pas de cette manière. Si on fabrique des chemises, on ne fabrique que la quantité qu'on pense pouvoir vendre. Mais les agriculteurs européens peuvent produire autant que possible et vendre à un prix garanti.

Avant l'établissement de la Politique agricole commune, la Communauté européenne devait importer la plupart des produits agricoles. Mais comme la PAC incitait à produire, la Communauté a commencé finalement à produire plus que pour ses propres besoins. Elle a enregistré, par conséquent, un excédent de produits agricoles et a dû décider de la façon de les écouler. Elle pouvait demander à ses agriculteurs d'arrêter de produire, mais l'un des objectifs de la PAC était de garder les agriculteurs et les agricultrices en activité.

L'autre option consistait à continuer de produire et à exporter l'excédent. Mais un problème se posait. En supposant que le gouvernement européen garantisse à ses agriculteurs une somme de 300 $ par tonne de blé, mais que le prix du blé ne soit que de 150 $ la tonne sur le marché mondial, il faudrait, pour résoudre le problème, que la Communauté vende le blé 150 $ la tonne et verse aux agriculteurs 150 $ supplémentaires pour compenser la différence entre le prix mondial et celui de la Communauté européenne. C'est ce qu'on appelle une subvention.

Lorsque la Communauté subventionne les ventes de blé de cette manière, les pays exportateurs comme le Canada, les États-Unis, l'Argentine et l'Australie, en pâtissent. La raison? La demande de céréales ne change pas beaucoup. Lorsque l'offre de céréales augmente, mais pas la demande, les prix tombent. Tant que la Communauté continuera de soutenir ses agriculteurs, l'offre continuera d'augmenter et les prix continueront de baisser. Cette politique affectera tous les exportateurs de blé, y compris la Communauté européenne, car celle-ci devra offrir de plus en plus de subventions à ses agriculteurs pour vendre leur blé.

Lorsque la Communauté prend une part plus grande du marché mondial des exportations de blé, elle réduit la part de quelqu'un d'autre, ce qui signifie, dans la pratique, que certains agriculteurs doivent arrêter leurs activités. À moins que d'autres exportateurs ne fassent la guerre aux subventions par d'autres subventions et agissent de même pour la protection. C'est ce qu'ont fait les gouvernements américain et canadien. Toutefois, le gouvernement canadien semble dire aujourd'hui qu'il ne peut plus se permettre de protéger ses agriculteurs, et que certains d'entre eux doivent arrêter de produire. Ce n'est que si la production baisse que le prix du blé commencera à grimper de nouveau.

La Communauté européenne est devenue un important fournisseur de produits agricoles de toutes sortes. C'est pour cela que les prix de ses produits ont baissé de façon considérable sur le marché mondial et causé du tort à d'autres agriculteurs.

Document d'information nº 4

Les agriculteurs de l'Ouest canadien

Jusqu'à une date récente, l'agriculture était rentable et la vie dans les fermes, agréable, dans l'Ouest canadien. Mais tout a changé. Il est difficile, de nos jours, de gagner de l'argent en étant agriculteur. En 1975, le revenu net des agriculteurs canadiens a atteint 6,8 milliards de dollars, leur endettement, 7,8 milliards de dollars. En 1988, leur revenu est tombé à 2,41 milliards de dollars, pour une dette de 22,7 milliards de dollars. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que de plus en plus d'agriculteurs se déclarent en faillite. Beaucoup d'entre eux ont déjà perdu leur ferme, et ce nombre va encore augmenter.

Si ces chiffres donnent un aperçu de la situation économique des exploitants et des exploitantes agricoles, ils ne renseignent toutefois pas sur leur situation personnelle. L'agriculture n'est pas qu'une profession, c'est également un mode de vie. L'identité d'un agriculteur ou d'une agricultrice est liée à la terre. En le privant de sa terre, on le prive de son identité. Le nombre de dépressions et de suicides chez les agriculteurs a sensiblement augmenté, parce que la situation semble sans issue.

Les agriculteurs et les agricultrices de l'Ouest travaillent fort, et leur production augmente constamment, malgré la sécheresse et les catastrophes naturelles. Ce travail n'est cependant pas récompensé. Il ne leur apporte pas la réussite, mais toujours plus de frustrations. Autrefois, les agriculteurs avaient le temps d'apprécier leur mode de vie. Ils n'en profitent plus et n'y trouvent plus que soucis, désespoir, stress et sentiment d'inutilité.

Pour beaucoup d'agriculteurs, la menace de faillite est omniprésente. En faisant faillite, l'agriculteur perd pratiquement tout, même la terre qui appartenait à sa famille depuis des générations. Il se retrouve sans argent, sans travail et sans dignité, comme si ce qui le rattachait à la vie n'existait plus, comme s'il avait perdu ses racines et son identité. Il n'échappe pas à un sentiment d'échec et d'humiliation.

On ne peut observer cette situation sans se demander quelle en est la cause. Est-elle juste, est-elle injuste? Pour répondre à cette question, examinons notre histoire.

Lorsque le Canada est devenu une colonie britannique en 1763, un contrat social a été formé. On savait que le Canada regorgeait de terres et de ressources naturelles. Pour beaucoup de ces ressources, le Canada avait un avantage comparatif ou absolu sur la Grande-Bretagne. Le Canada fournirait donc ces ressources à la Grande-Bretagne en échange de produits manufacturés pour lesquels les Anglais avaient un avantage comparatif.

Au XIXe siècle, les Britanniques ont commencé à étudier la possibilité de transformer les grandes prairies de l'Ouest canadien en vastes champs de céréales. Ils pensaient que leur avantage comparatif était dans l'industrie, non dans l'agriculture, et que l'Ouest canadien avait peut-être le même avantage dans la culture céréalière. La Grande-Bretagne a donc décidé d'abroger ses Lois sur les céréales en 1846, lois qui protégeaient l'agriculture britannique en taxant les importations de produits alimentaires en Grande-Bretagne. Ce qui voulait dire que le prix des produits anglais était supérieur à ceux du marché mondial. En abrogeant les Lois sur les céréales, la Grande-Bretagne indiquait qu'elle achèterait les produits les moins chers.

La culture céréalière offrait un avantage économique à l'Ouest canadien et pouvait servir de source de produits alimentaires à bon marché à la Grande-Bretagne. La terre et la main-d'oeuvre servant à la production agricole du pays pourraient être transformées en production industrielle.

Pour déterminer si l'Ouest canadien se prêtait à l'agriculture, le gouvernement britannique a chargé le capitaine John Palliser d'étudier la région. Palliser a parcouru l'Ouest canadien de 1857 à 1860 et a signalé que le Canada jouissait de vastes étendues idéales pour l'agriculture. Il a indiqué toutefois qu'une partie de la région, aujourd'hui connue sous le nom de « triangle de Palliser », était un désert inhospitalier. Néanmoins, le but du rapport de Palliser était de faire naître un grand optimisme sur l'avenir de l'agriculture dans les Prairies. Il semblait que cette colonie britannique allait pouvoir approvisionner la mère patrie en produits abondants et à bon marché.

L'agriculture de l'Ouest canadien n'a pas répondu pas immédiatement à l'ouverture du marché de la Grande-Bretagne que l'abrogation des Lois sur les céréales avait créé. Les tentatives de colonisation de l'Ouest canadien ont échoué, car les colons ont reculé devant les difficultés. Dans l'ensemble, les efforts de colonisation se sont soldés par un échec. Cette situation allait toutefois changer en 1897. Un certain nombre de facteurs ont contribué à l'arrivée massive de colons dans l'Ouest de 1897 à 1930.

En 1896, le gouvernement canadien a adopté des mesures énergiques pour encourager la colonisation de l'Ouest. En outre, il ne restait plus beaucoup de terres à coloniser aux États-Unis, alors que le Canada n'en manquait pas. Le facteur décisif fut toutefois l'augmentation du prix des céréales, amorcée en 1896. L'achèvement du chemin de fer canadien et l'apparition des bateaux à vapeur permettaient maintenant de transporter facilement le blé des Prairies vers l'Europe. Avec l'ouverture de la Grande-Bretagne comme marché céréalier et l'augmentation du prix des céréales, l'Ouest canadien devenait, pour beaucoup d'immigrants, une région aux innombrables possibilités économiques.

Il est important de connaître ces informations car elles nous apprennent pourquoi nous en sommes là aujourd'hui dans l'Ouest canadien. Nos parents, nos grands-parents et nos arrière-grands-parents ont émigré dans cette région afin de produire pour la Grande-Bretagne. On leur a fait miroiter l'argent qu'ils pourraient gagner dans l'Ouest grâce à l'agriculture, parce que la Grande-Bretagne représentait un marché important pour les produits agricoles.

C'est parce que les Britanniques croyaient au libre-échange et aux avantages économiques que nous sommes arrivés ici. Nous sommes venus pour cultiver la terre parce qu'on nous a dit qu'on pourrait produire à profusion, à un prix aussi bon marché que n'importe où dans le monde. L'Alberta et la Saskatchewan ont été colonisées et se sont développées presque entièrement sur ce principe. Le fait que l'Ouest canadien ait eu une croissance et une prospérité aussi rapides prouve que nous pouvions produire de façon rentable. La Grande-Bretagne et les pays de l'Europe continentale pouvaient importer des produits alimentaires de l'Ouest canadien moins chers que s'ils les avaient produits eux-mêmes. Cet avantage a permis de développer encore plus le secteur industriel de l'Europe. Les principes du libre-échange et de l'avantage comparatif ont donc profité au Canada, à la Grande-Bretagne et à l'Europe continentale.

Le commerce international des denrées alimentaires est notre raison d'être. L'importance des exportations de céréales canadiennes est reconnue depuis le début du siècle, alors que, partout dans le monde, on commençait à dépendre des produits alimentaires que les agriculteurs canadiens offraient à un prix raisonnable. Un gros pourcentage de nos exportations allait vers les pays européens, qui ont toujours consommé plus d'aliments qu'ils ne peuvent en produire. L'Europe dépendait de nous pour la nourriture, et nous ne l'avons jamais laissée tomber. Elle a connu des pénuries alimentaires après la Seconde Guerre mondiale, mais qui venaient plus de problèmes de distribution en Europe que d'approvisionnement en céréales.

En même temps qu'il exportait des denrées alimentaires vers l'Europe, le Canada en importait des produits industriels. Nous aurions pu les fabriquer nous-mêmes, mais nous pensions que l'Europe avait un avantage économique dans beaucoup de secteurs industriels, et nous savions qu'il était moins cher pour nous d'acheter ces produits que de les fabriquer.

Pendant un certain temps, le Canada et l'Europe s'en sont tenus fondamentalement au principe de l'avantage économique, ce qui leur a permis de prospérer. Ce principe est reconnu pour être la base solide et rentable de tout commerce international. Le GATT est un contrat social international qui le reconnaît. Après la Seconde Guerre mondiale, toutefois, l'Europe a brisé cet accord pour l'agriculture. Elle a abandonné les principes du commerce international et insisté pour cultiver ses propres produits. Cela n'est évidemment pas arrivé du jour au lendemain. Les pays européens ont continué d'importer des produits agricoles pendant de longues années et le Canada les leur a fourni, en toute confiance. Jamais l'Europe n'a connu la faim, car le Canada a toujours été en mesure de lui vendre ses produits et n'a jamais refusé de le faire.

Pour être autonome dans le domaine alimentaire, la CEE a fait beaucoup pour ses agriculteurs. Elle leur a offert un prix minimal pour les produits de leur ferme, un prix bien au-dessus du prix mondial. Comme tout bon agriculteur, les agriculteurs européens ont réagi en augmentant considérablement leur production afin de gagner plus d'argent. Cette politique a eu un tel succès que la CEE se suffit aujourd'hui à elle-même pour la plupart des produits alimentaires. Elle ne s'est toutefois pas arrêtée là. Elle a continué de produire, en particulier du blé, au point de devenir un gros exportateur de blé.

Vu de loin, il semble qu'il n'y ait rien de mal à cela, puisque beaucoup de gens dans le monde ne mangent toujours pas à leur faim. Mais en réalité, la politique agricole de la CEE est à l'origine d'un grave problème de faim dans le monde. Et, ce qui est grave pour nous, c'est qu'elle détruit un mode de vie unique au Canada.

Comme la production céréalière a considérablement augmenté dans la CEE, l'offre de céréales dans le monde dépasse maintenant largement la demande. C'est la raison pour laquelle le prix des céréales a tellement baissé. Les agricultrices et les agriculteurs sont menacés par ces bas prix et sont obligés d'arrêter leurs activités. Les Canadiens et beaucoup d'autres ne peuvent plus survivre face à des prix si bas. Finalement, la plupart de nos agriculteurs ne pourront plus travailler, et la CEE contrôlera une grande part du commerce international des céréales. Les prix monteront en flèche, et la famine sévira encore plus dans le monde.

Il est clair qu'en ce qui concerne l'agriculture, la Communauté européenne a violé tous les principes sensés du commerce international. Il est évident que l'Amérique du Nord a un avantage comparatif dans la production de blé. Il coûte beaucoup plus cher à la CEE de produire ses denrées alimentaires qu'il ne lui en coûterait de les acheter au Canada ou à un autre fournisseur. En voulant à tout prix produire elle-même, la Communauté européenne menace de détruire l'agriculture dans les pays exportateurs comme le Canada. En outre, ses agissements risquent de provoquer une guerre commerciale mondiale qui diminuera le niveau de vie de toutes les régions du monde et aura des effets dévastateurs spécialement sur les pays en voie de développement.

À cause des politiques agricoles de la Communauté européenne, les agriculteurs du monde entier (y compris ceux de la Communauté) sont devenus extrêmement tributaires de l'aide gouvernementale, ce qui représente une lourde charge pour les gouvernements de tous les pays qui dépendent des exportations de produits alimentaires.

Comme les gouvernements vivent des taxes, l'aide qu'ils accordent aux agriculteurs est devenue, dans le fond, une taxe imposée aux gens ordinaires. Les agriculteurs n'aiment pas dépendre de la charité de l'État, et ceux qui n'appartiennent pas au monde agricole n'aiment pas payer des taxes inutiles.

En conclusion, il semble assez évident que la politique agricole de la Communauté européenne est injuste. La Communauté est riche et peut se permettre de payer des prix élevés à ses agriculteurs. Mais cette politique détruit l'agriculture des nombreux pays qui ne peuvent subventionner leurs agriculteurs. La Communauté a tourné le dos aux relations commerciales traditionnelles ou au contrat social qu'elle avait établi avec le Canada. Le Canada, confiant, a adhéré à ce contrat social en colonisant l'Ouest et en fournissant à l'Europe une source abondante d'aliments à faible prix. Celle-ci a décidé, contre toute équité et justice, de produire elle-même à un prix beaucoup plus élevé et d'anéantir, du même coup, ceux qui ont autrefois nourri l'Europe.

Document d'information nº 5

Les agriculteurs américains

Attention!
Les textes suivants, parfois, offrent intentionnellement des partis-pris très biaisés et mal-fondés. Le but est de susciter une réaction probablement vive chez les élèves qui participent au jeu de simulation. On cherche à amener ces élèves à réfléchir pour ensuite contester la véracité de ces mêmes idées fausses dans un esprit de débat et de raisonnement critique.

Les États-Unis représentent le plus grand exportateur de produits agricoles du monde. Les agriculteurs américains vendent leurs produits dans le monde entier. Cela fait près d'un siècle que les États-Unis dominent dans des produits tels que le blé, le maïs, le coton et les bovins. Il est reconnu que ce pays produit à faible coût. Pour la plupart de nos produits, nous pouvons rivaliser avec les agriculteurs de n'importe quel pays du monde. Bref, nous croyons que notre avantage comparatif a fait ses preuves pour un grand nombre de produits agricoles.

Ces 15 ou 20 dernières années, la politique agricole américaine a dû faire face à un dilemme. Les subventions agricoles de la Communauté européenne ont transformé l'Europe, grand importateur de la plupart des produits agricoles, en gros exportateur. La Communauté a vendu ses produits aux pays qui les achetaient habituellement aux États-Unis. Nous ne pouvions rester là sans rien faire à regarder les Européens s'approprier nos marchés d'exportation. Cela aurait provoqué la faillite de nos agriculteurs. Pourquoi les agriculteurs américains devraient-ils être pénalisés par des agriculteurs européens inefficaces qui ne peuvent produire aussi bon marché que nous? Pourquoi devrions-nous attendre passivement quand la Communauté met en danger notre situation de premier exportateur de produits agricoles? Nous avons le droit de défendre nos exploitants et nos marchés d'exportation.

La seule façon de protéger nos marchés et nos exploitants était de jouer selon les règles de la Communauté européenne. Nous devions riposter par des subventions, pour veiller à ce que les exploitants américains reçoivent un prix honnête pour leurs produits. Ce n'est pas de leur faute s'ils ne peuvent recevoir le juste prix de leurs récoltes sur le marché mondial; aussi pourquoi devraient-ils être pénalisés pour quelque chose qu'ils ne peuvent empêcher? Ils ont prouvé qu'ils pouvaient produire de façon efficace; ils seraient donc en droit de recevoir une récompense, pas une pénalité. Ne pas leur octroyer de subventions équivaudrait à les punir. Peu importe leur productivité et leur avantage comparatif : s'ils ne sont pas protégés, ils ne peuvent rivaliser avec les agriculteurs européens, qui eux, reçoivent une bonne protection de l'État.

Si les États-Unis n'offrent pas de subventions aux agriculteurs et agricultrices et ne veillent pas à ce qu'ils reçoivent un prix équitable pour leurs produits, la plupart des exploitants vont droit à la faillite. La production de blé, de bovins, de riz et de maïs risque de baisser considérablement et de provoquer une augmentation massive des prix. Il nous faudra alors importer nos produits et payer extrêmement cher pour compenser le manque d'efficacité du producteur européen. Permettre ce genre de situation risque d'être plus catastrophique pour le monde que notre politique actuelle de subventions.

Les agriculteurs américains ont un mode de vie unique, et il est évident qu'ils veulent le défendre. Ce sont les descendants directs des pionniers qui ont quitté l'Europe il y a des siècles pour trouver de meilleures conditions de vie en Amérique. Ils se sont bâti une nouvelle vie et ont créé une grande nation. Ils ont quitté l'Europe, pauvres et sans droits, et sont venus en Amérique pour acquérir richesse et liberté. Ils ont montré le chemin d'un monde meilleur, mais aujourd'hui les descendants des exploitants européens qui n'ont pas eu le courage de quitter leur pays lorsqu'ils en avaient l'occasion sont jaloux de notre réussite. Ils essaient de nous faire fermer boutique. Nous n'avions donc pas d'autre choix que de nous battre avec les mêmes armes.

Malgré nos mesures visant à contrebalancer les politiques agricoles européennes, beaucoup d'agriculteurs américains se sont déclaré en faillite, et beaucoup d'autres n'en sont pas loin. Le stress provoqué par les baisses de prix, l'énormité de l'endettement et l'incertitude financière, due presque entièrement aux subventions de la CEE, ont déjà sérieusement ébranlé les exploitants et leurs familles. Nous voulons défendre encore plus nos agriculteurs et agricultrices pour qu'ils puissent vivre mieux.

Il est clair que le commerce agricole international doit être libre et reposer sur le principe de l'avantage comparatif. Les exploitants américains veulent que leur agriculture perce sur le marché mondial, tout comme les produits manufacturés. Nous ne devrions pas avoir deux types de règlements, un pour les produits manufacturés, l'autre pour les produits agricoles. Les Américains pensent pouvoir prospérer s'ils peuvent concurrencer les autres sur un marché ouvert et non protégé. Si l'avantage comparatif illustrait le principe du commerce agricole mondial, les agriculteurs américains n'auraient plus besoin d'attendre l'aide de l'État.

Toutefois, s'il existait un libre-échange des produits agricoles sur le marché mondial, les Américains s'attendraient à ce que le gouvernement les protège pendant les crises temporaires sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Tout comme la crise actuelle nous échappe, la sécheresse et les catastrophes naturelles sont également imprévisibles. Dans ces circonstances, nous pensons qu'il faut subventionner les agriculteurs. Il est toutefois mal venu d'offrir des subventions à des agriculteurs inefficaces et non compétitifs.

En conclusion, les Américains n'acceptent pas qu'on leur reproche la crise agricole d'aujourd'hui. À notre avis, la responsabilité des problèmes que connaît le monde agricole, de nos jours, revient à la Communauté européenne et à ses politiques d'aide aux agriculteurs inefficaces. La Communauté européenne agit de façon irréfléchie en favorisant des politiques qui nuisent à l'agriculture de tous les pays du monde, sauf à celle de ses ressortissants et ils condamnent ces politiques.

Document d'information nº 6

Les agriculteurs de la Communauté européenne

Attention!
Les textes suivants, parfois, offrent intentionnellement des partis-pris très biaisés et mal-fondés. Le but est de susciter une réaction probablement vive chez les élèves qui participent au jeu de simulation. On cherche à amener ces élèves à réfléchir pour ensuite contester la véracité de ces mêmes idées fausses dans un esprit de débat et de raisonnement critique.

Pendant des générations, les agriculteurs européens ont labouré le sol. Beaucoup d'entre nous exploitent aujourd'hui des terres que nos ancêtres ont cultivées plus de 500 ans avant nous. Aucun des autres exploitants que cette Commission a entendus n'a un lien aussi long et aussi fort avec la terre. Lorsque les agriculteurs canadiens et américains déclarent que l'agriculture est un mode de vie unique dans leur pays et, par conséquent, quelque chose qu'il faut protéger, ils semblent prétendre que l'agriculture en Europe n'est pas la même chose. Au contraire, notre façon d'exploiter la terre ici en Europe est peut-être encore plus unique que celle d'Amérique du Nord.

En Europe, nos fermes sont généralement très petites; nous n'avons donc pas besoin des dernières trouvailles technologiques en matière de mécanisation pour produire. Beaucoup utilisent des machines très simples ou font la plupart du travail manuellement, comme l'ont fait les générations précédentes. Nous avons adopté des techniques et des méthodes d'exploitation modernes qui nous ont permis d'avoir d'excellentes récoltes, mais nous n'avons toujours pas abandonné notre mode de vie traditionnel à la ferme. Pourquoi le mode de vie de l'agriculteur européen ne devrait-il pas être protégé comme celui des autres agriculteurs du monde?

L'agriculteur européen, comme toute personne qui travaille, mérite une juste rémunération de son travail. Il travaille aussi fort, même plus, que n'importe quel autre agriculteur. Mais si nous n'avions pas d'aide gouvernementale, nous ne pourrions continuer à exploiter nos terres. Nous serions obligés d'abandonner notre mode de vie traditionnel. La Communauté européenne ayant décidé d'aider ses agriculteurs, nous ne faisons plus partie de la classe sous-développée à laquelle nous appartenions. De tout temps, les agriculteurs européens ont été pauvres et opprimés. Ce n'est que récemment que les gouvernements européens ont apprécié la valeur de l'agriculteur et se sont rendu compte qu'il devait recevoir la juste rémunération de son travail, comme tout autre travailleur.

Les autres pays faisant partie de cette Commission aimeraient voir la Communauté européenne cesser de verser des subventions à ses agriculteurs. Mais si elle le faisait, nous serions ruinés. Nous avons le droit de travailler, et la Communauté européenne est en droit de nous aider si elle le désire. Qui peut prétendre que la CEE n'a pas le droit de payer à ses agriculteurs un salaire équitable pour leur travail?

Il y d'autres raisons importantes pour lesquelles les agriculteurs européens doivent être protégés. L'Europe a vécu deux grandes guerres au XXe siècle. Au cours de ces deux guerres, mais plus particulièrement au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle a manqué de produits alimentaires. Notre population a connu la faim, et la peur de manquer était très présente. Pour que cette situation ne se reproduise plus, nous croyons important que l'Europe n'ait plus à dépendre de quiconque pour se nourrir. Les peuples d'Europe sont prêts à payer le prix de cette sécurité alimentaire. C'est pour cette raison qu'ils ne se sont pas plaints des prix qu'ils avaient à payer pour manger.

Il est évident que nous payons notre sécurité alimentaire. Nous pourrions importer des aliments d'autres pays pour moins cher que si nous devions les produire chez nous. Autrement dit, nous n'appliquons pas le principe de l'avantage comparatif à l'agriculture comme nous le faisons pour la fabrication. Cela peut sembler déraisonnable, de prime abord, mais il y a une bonne raison à cela.

Lors de la négociation de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) en 1947, les États-Unis ont insisté pour que l'agriculture ne fasse pas partie de cet accord. Ce sont donc eux qui ont donné le ton aux politiques agricoles après la Seconde Guerre mondiale. Les agriculteurs américains, qui recevaient une aide gouvernementale pendant et après la guerre, ne voulaient pas renoncer aux revenus élevés qu'ils en tiraient. Les Américains ont décidé qu'en agriculture, les plus forts devaient survivre, quel que fût l'avantage comparatif en jeu. Ce sont eux qui ont établi les règles de l'époque.

Lorsque six pays européens se sont réunis pour former la Communauté européenne en 1957, ils ont fait ce qui était raisonnable : fixer une politique agricole pour protéger leurs agriculteurs. La Communauté européenne fixait simplement les règles que les États-Unis avaient établies, c'est-à-dire faire tout ce qu'il fallait pour protéger les agriculteurs. Il n'aurait pas été très difficile de les modifier en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Les Européens devaient rebâtir leur pays et leur économie, ce qui exigeait de la main-d'oeuvre. Au cours de la période de croissance et d'industrialisation rapide qui a suivi la guerre, un grand nombre d'agriculteurs européens auraient pu s'intégrer à l'industrie. Mais comme il semblait que les Américains voulaient instaurer un monopole agricole et que nous n'étions manifestement pas très favorables à cette politique, on décida de développer davantage l'agriculture en Europe au lieu de la réduire.

Maintenant, la Communauté européenne ayant suivi le modèle américain et fixé des politiques pour protéger les agriculteurs, les Américains veulent que nous renoncions à cette protection. Mais agir ainsi nuirait à des millions d'agriculteurs européens. La croissance et l'expansion de l'agriculture en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale lui coûte cher. Ce serait pure folie d'anéantir 40 années de développement coûteux.

Nous comprenons que notre politique agricole cause du tort à des agriculteurs d'autres pays du monde. Toutefois, nous fournissons aussi beaucoup d'aliments bon marché à un monde affamé. Les agriculteurs qui nous critiquent ne pensent qu'à eux. Il réclament des prix plus élevés pour leurs produits afin d'augmenter leurs revenus. Il y a des millions de gens dans le monde qui ne pourraient supporter une hausse du prix des produits alimentaires. Nous les aidons par conséquent en nous efforçant de maintenir de bas prix.

En conclusion, les agriculteurs européens ont tiré un gros avantage des politiques protectionnistes inspirées des États-Unis. Ces politiques ont permis aux exploitants européens d'élever leur niveau de vie et de valoriser la profession. Elles nous ont également permis de nous suffire à nous-mêmes pour beaucoup de produits agricoles et d'offrir à la population la sécurité alimentaire qu'elle demandait.

Demander aux Européens de tenir compte du reste du monde pour se nourrir est peut-être plus qu'ils ne sont prêts à accepter. Nous demander, à nous agriculteurs, de supprimer 40 années de progrès, de revenir à l'état de paysans, est totalement inconcevable. Notre mode de vie traditionnel doit être protégé. Tout effort tendant à réduire les subventions agricoles sera considéré comme une menace envers notre mode de vie. Par conséquent, nous nous y opposerons.

Document d'information nº 7

Les agriculteurs latino-américains

Attention!
Les textes suivants, parfois, offrent intentionnellement des partis-pris très biaisés et mal-fondés. Le but est de susciter une réaction probablement vive chez les élèves qui participent au jeu de simulation. On cherche à amener ces élèves à réfléchir pour ensuite contester la véracité de ces mêmes idées fausses dans un esprit de débat et de raisonnement critique.

Tous les pays d'Amérique latine sont extrêmement tributaires des produits agricoles. Comme l'Afrique et le Canada, l'Amérique latine a été colonisée par des Européens. Les Espagnols et les Portugais nous ont demandés de leur fournir des matières premières, comme des métaux, du bois et des produits agricoles, en échange de produits manufacturés. Par conséquent, l'agriculture s'est développée en Amérique latine pour devenir le moteur de l'économie. Bien que beaucoup de pays latino-américains soient aujourd'hui assez industrialisés, la plupart dépendent toujours dans une large mesure de l'agriculture.

Les produits agricoles de l'Amérique latine sont très variés, mais les États-Unis et la Communauté européenne les produisent, pour beaucoup, en quantités supérieures aux nôtres. La raison de l'augmentation de la production agricole dans ces pays n'est pas tant le progrès technologique que les subventions qui incitent les agriculteurs à produire autant qu'ils le peuvent. À une époque, l'Amérique latine était le premier pays producteur de beaucoup de ces produits, mais nous nous retrouvons petit à petit délogés de notre position et de nos marchés. Il est vrai que la CEE et les États-Unis sont les plus gros marchés d'exportation agricole du monde et que c'est à eux que nous exportons la plupart de nos produits. Mais, comme ils commencent à les produire eux-mêmes, nos ventes baissent et notre économie en souffre.

Selon nous, il n'est pas juste que l'Europe et les États-Unis subventionnent leurs agriculteurs pour faire augmenter leur production. Pendant plusieurs siècles, Américains et Européens ont introduit beaucoup de cultures en Amérique latine et en ont encouragé l'exploitation. Nous avions atteint une sorte de contrat social dans lequel nous acceptions de produire, si les Américains et les Européens nous achetaient nos récoltes. Mais pourquoi cultiver en Amérique latine plutôt qu'aux États-Unis ou en Europe? Parce que ces cultures nous donnent évidemment un avantage comparatif et coûtent moins cher que dans ces deux pays. Aussi, pourquoi nos partenaires changent-ils aujourd'hui de politique et produisent-ils eux-mêmes au lieu de s'approvisionner chez nous? Cela n'a aucun sens, ni pour nous, ni pour eux, sur le plan économique.

C'est à cause de ces subventions et d'autres problèmes en Amérique latine que le pays connaît une grave crise agricole. Et comme l'agriculture est vitale pour notre économie, qui dit crise agricole dit crise économique générale. L'une des conséquences les plus graves de cette situation a été l'augmentation de notre dette. Les pays d'Amérique latine ont les pires problèmes d'endettement du monde. Lorsque nous ne pouvons recevoir le juste prix de nos ventes agricoles, nous devons emprunter pour survivre.

Tant que la situation agricole sera mauvaise, notre endettement continuera de croître. À moins que les pays développés ne modifient leur politique de subventions et ne commencent à importer davantage de produits agricoles au lieu de les produire eux-mêmes, beaucoup de pays latino-américains seront bientôt ruinés, ce qui risque de provoquer une crise économique mondiale.

Nous ne pouvons comprendre pourquoi les États-Unis et la Communauté européenne continuent d'octroyer autant de subventions à leurs agriculteurs. Ils aiment bien nous dire comment gérer notre économie, et pourtant ils ne montrent aucune logique dans leur façon de gérer la leur. Ils nous demandent d'augmenter nos exportations, mais ils offrent des prix très élevés à leurs agriculteurs pour que ceux-ci produisent la même chose que nous. Il n'achètent donc plus nos produits, parce qu'ils en ont suffisamment. Comment pourrions-nous, en conséquence, augmenter nos exportations?

Ils nous disent qu'il vaut mieux leur acheter nos produits manufacturés plutôt que les fabriquer nous-mêmes, car cela nous coûte moins cher. Ils prétendent que c'est ce qu'on appelle l'avantage économique, qui est à la base du commerce international. Nous trouvons que c'est une bonne règle, mais comment se fait-il que personne ne la suive en agriculture? Il semble qu'il y ait une norme pour les produits manufacturés, qui encourage les pays non industrialisés, vivant surtout de l'agriculture comme l'Amérique latine, à acheter des produits manufacturés des pays industrialisés.

Mais alors, nous avons une norme différente pour les produits agricoles, qui incite les pays industrialisés à produire sur leurs propres terres et à n'acheter aux pays essentiellement agricoles que les produits qu'ils ne peuvent absolument pas produire eux-mêmes.

Beaucoup d'agriculteurs latino-américains se sont appauvris à cause des subventions agricoles que reçoivent les agriculteurs des pays développés, mais ce ne sont pas les seuls. En Europe, les pauvres pâtissent eux aussi de ces subventions qui rendent le prix des aliments très élevé, d'autant plus qu'ils consacrent un gros pourcentage de leur revenu à l'alimentation.

Des études ont également montré que les petits exploitants européens plus pauvres ne profitent pas beaucoup des subventions agricoles, alors que ce n'est pas le cas des riches exploitants. La politique des pays développés en matière de subventions agricoles ne frappe pas seulement les pays plus pauvres qui exportent des produits agricoles, mais également les pauvres des pays développés. C'est une politique conçue par les riches, pour les riches.

Les faibles prix des produits agricoles sur le marché mondial conduisent les petits exploitants latino-américains à quitter leur terre. Ils ne peuvent plus vivre de l'agriculture. Par conséquent, ils émigrent vers les villes à la recherche d'un emploi, mais ont souvent du mal à en trouver. La rapide expansion des villes a fait augmenter la pauvreté, les mauvaises conditions de vie, la maladie et le crime. De certaines de nos grandes villes champignons sont également nés de graves problèmes de pollution qui dégradent notre environnement, partout dans le monde.

En conclusion, nous dirons que les subventions agricoles ont eu beaucoup d'effets directs et indirects. Nous ne prétendons pas que tous les problèmes de l'Amérique latine proviennent des politiques agricoles de la CEE et des États-Unis, mais nous sommes convaincus que beaucoup y sont liés. Ce serait rendre un immense service au monde entier que d'y mettre un terme.

Document d'information nº 8

Les agriculteurs africains

Attention!
Les textes suivants, parfois, offrent intentionnellement des partis-pris très biaisés et mal-fondés. Le but est de susciter une réaction probablement vive chez les élèves qui participent au jeu de simulation. On cherche à amener ces élèves à réfléchir pour ensuite contester la véracité de ces mêmes idées fausses dans un esprit de débat et de raisonnement critique.

L'agriculture, dans beaucoup de régions d'Afrique, a grandement souffert des politiques agricoles de la CEE et des États-Unis. Il importe de comprendre que la plupart des Africains sont des agriculteurs - leur niveau de vie dépend de leur aptitude à produire du coton, du sucre, du maïs, du blé et des arachides (pour n'en nommer que quelques-uns), et de vendre ces produits à un juste prix. Dans la plupart des pays africains, l'agriculture est le moteur de l'économie.

Nos agriculteurs ont des cultures très variées dont ils exportent les produits dans le monde entier. Lorsque nous en recevons un prix équitable, tous les Africains en profitent. Nous comprenons que le prix des produits agricoles monte et descende, ce qui est naturel. Toutefois, ces 15 dernières années, nous avons connu la plupart du temps des baisses de prix qui ont eu de graves répercussions sur l'Afrique.

Dans les pays développés, lorsque les agriculteurs ne reçoivent pas le juste prix pour leurs produits, le gouvernement les aide financièrement. Cette politique leur permet d'avoir un revenu et de continuer leurs activités. Mais, dans la plupart des pays africains, les gouvernements ne sont pas assez riches pour aider les agriculteurs. Lorsque ceux-ci ne peuvent recevoir un prix honnête, ils sont obligés de quitter leur ferme et d'aller trouver en ville un autre genre de travail, situation qui fait naître beaucoup de nouveaux problèmes dans les villes et à la campagne.

Les villes grandissent vite et deviennent surpeuplées. Nos gouvernements ne peuvent offrir suffisamment de services essentiels à ces villes qui prennent trop d'expansion. Cette affluence nécessite l'installation de réserves d'eau potable, de services d'égout, et il faut aussi construire des hôpitaux.

Même les pays développés auraient des difficultés à fournir ces services à des villes qui poussent aussi vite que les nôtres. L'autre problème est qu'il n'y a pas suffisamment d'emplois en ville pour tout le monde. Les problèmes de pauvreté qui en résultent, combinés à des conditions insalubres, amènent la maladie. Cette croissance rapide des villes est un fléau dans tous les pays du tiers monde.

Lorsque beaucoup d'exploitants agricoles quittent la campagne pour la ville, il n'en reste pas suffisamment pour exploiter la terre. La population manque alors de produits alimentaires à la ville et à la campagne, et la famine s'installe. Comme les citadins sont pauvres et ne peuvent s'acheter à manger, beaucoup de gouvernements africains achèteront ces produits à un prix très bas pour qu'ils reviennent moins cher à la ville. Néanmoins, cette situation cause encore plus de tort aux exploitants qui continuent leur exode vers les villes.

Ainsi, tout le monde peut s'apercevoir que les bas prix des produits agricoles entraînent une série de circonstances à l'origine de désastres considérables dans la plupart des pays africains. Notre dépendance de l'agriculture ne serait pas une mauvaise chose si nous pouvions recevoir le juste prix de nos produits, mais comme ce n'est pas souvent le cas, cette dépendance nous nuit.

Nous avons expliqué les conséquences des faibles prix des produits alimentaires en Afrique. Quelle est donc leur origine? Bien qu'un certain nombre de facteurs se combinent pour porter préjudice à l'agriculture en Afrique, nous pensons que les politiques des pays développés, en particulier celle des États-Unis, celle du Japon et celle de la Communauté économique européenne, constituent l'un de ces principaux facteurs.

La Communauté européenne a beaucoup augmenté sa production agricole au cours des 30 dernières années, ce qui nous touche de trois façons :
  1. nous n'exportons plus autant vers l'Europe, car les Européens n'ont plus besoin de nos produits, ils les produisent eux-mêmes;
  2. ils exportent maintenant certains de leurs produits vers des pays qui nous les achetaient à l'origine;
  3. comme la production est abondante, le prix des produits baisse. Nous avons déjà expliqué les conséquences désastreuses de cette chute des prix.
Les États-Unis ont réagi aux politiques de la Communauté européenne en accordant des subventions semblables à leurs agriculteurs. Cette politique les encourage à produire encore plus, ce qui fait encore baisser les prix. Pour pouvoir garder leur part de marché, les Américains ont envahi le monde d'une foule de produits agricoles à bas prix, provoquant de ce fait une autre diminution des prix. Américains et Européens peuvent se le permettre, mais pas nous.

Bien que le Japon importe une grande quantité de produits agricoles pour ses 123 millions d'habitants, il n'importe pas autant qu'il le devrait. Le Japon paie à ses exploitants agricoles des prix très élevés pour faire pousser certains produits, alors qu'il pourrait les acheter sur le marché mondial à un prix beaucoup plus bas. Il agit ainsi pour protéger ses agriculteurs, mais ce faisant, le gouvernement cause des torts aux agriculteurs africains, car il ne nous achète pas autant qu'il le devrait.

Comme la plupart des pays africains sont des pays en voie de développement, nous sommes extrêmement tributaires du commerce international. Nous avons besoin de faire des échanges commerciaux, car nous ne pouvons nous permettre de produire que ce qui nous donne un avantage comparatif. Les riches pays développés peuvent, quant à eux, subventionner leurs agriculteurs ou leurs fabricants pour les faire produire sans qu'ils en tirent un avantage économique, ce que nous ne pouvons nous permettre.

Les pays développés violent les règles du commerce international en produisant ce que nous devrions produire nous-mêmes, car nous pouvons le faire à bien meilleur marché. Bien que les produits africains ne soient pas tous touchés par les subventions dans les pays développés, il y en a tout de même beaucoup.

Le tort que ces subventions causent à l'environnement est une autre de nos préoccupations. Comme les agriculteurs du Japon, de la CEE et des États-Unis ont la garantie de recevoir un bon prix pour leurs produits, quel que soit le prix du marché mondial, il est avantageux pour eux de produire autant qu'ils le peuvent. Pour augmenter la production, ils utilisent d'énormes quantités de fertilisants et d'autres produits chimiques. Cependant, personne ne sait quelles seront les conséquences à long terme de ces pratiques, leurs effets sur le sol et la nappe phréatique. Ce que personne ne sait non plus c'est si ces produits chimiques affectent la qualité des produits cultivés. Voulons-nous vraiment prendre ce genre de risque pour l'environnement et continuer d'utiliser ces quantités de produits chimiques sans connaître les conséquences de nos actes?

En conclusion, bien que beaucoup de facteurs se soient réunis pour porter préjudice aux producteurs africains, l'importante aide gouvernementale accordée aux agriculteurs américains, japonais et européens en est un de taille.

Nous ne pouvons comprendre ces politiques, car elles ont non seulement nui à l'économie africaine, mais également à celle des pays subventionnant l'agriculture. Le Japon, les États-Unis et la CEE se font évidemment du tort en payant des prix aussi élevés pour des produits agricoles. Ils feraient beaucoup mieux de nous acheter ces produits, à nous et à d'autres pays qui ont un avantage comparatif en agriculture.

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