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Document d'information

Les Indiens du Canada 7

INTRODUCTION

«Les premiers habitants du Canada vinrent d'Asie par le détroit de Béring il y a plus de 25 000 ans. Lorsque les Européens découvrirent le Nouveau Monde, les Indiens avaient donc eu des milliers d'années pour développer un éventail de cultures, de sociétés et de groupes linguistiques riches et diversifiés.

Ces cultures indiennes étaient aussi variées que le paysage canadien lui-même. Dans les vastes prairies de l'intérieur, par exemple, des petits groupes de familles chassaient le bison migrateur, qui leur fournissait la viande et la peau nécessaires à leur survie. Ces peuplades avaient mis au point des habitations parfaitement adaptées à leur existence de chasseurs nomades. Le tipi - une structure de perches érigées en cône et couvertes de peaux - était facile à dresser, léger à transporter, chaud, bien aéré et assez solide pour résister à des vents puissants.

Les Indiens de la côte du Pacifique pour leur part, avaient développé une culture très différente. La proximité de l'océan, avec ses richesses abondantes - saumons, coquillages et baleines - rendait possible l'établissement de villages permanents et donnait aux Indiens assez de loisirs pour sculpter dans le cèdre et la pierre de magnifiques objets d'art qui sont aujourd'hui admirés dans les musées du monde entier.

Tout aussi originales étaient les cultures des nomades des bois, des chasseurs du plateau intérieur de la Colombie-Britannique, des agriculteurs iroquoiens du sud de l'Ontario et des chasseurs des régions nordiques.

Toutes ces cultures avaient en commun le sentiment profond d'un lien spirituel les unissant à la terre et aux êtres vivants qu'elle supporte. Dans la religion des Indiens, les humains participaient d'un monde fait d'êtres spirituels en relations constantes. Les Indiens traitaient avec un respect religieux les esprits des animaux, des arbres et des pierres. Ils utilisaient avec soin presque tout ce qu'ils prenaient de la nature.

Avec la venue des Européens, cet équilibre délicat fut rompu. L'introduction des armes à feu et la propagation de maladies nouvelles que ce peuple amenait avec lui furent les causes d'une destruction généralisée. Pendant plusieurs décennies, la population indienne déclina et l'existence pure et simple des cultures indiennes fut menacée.

Dans les années 1940, les dirigeants indiens s'affirmèrent de nouveau. Ils cherchèrent des moyens de mettre un terme au contrôle gouvernemental qui avait miné leur culture.

À la suite de plusieurs décennies de ténacité et de patience, les Indiens ont réussi à rendre le gouvernement et l'ensemble de la population du Canada conscients du fait qu'ils constituaient jadis des nations libres et autosuffisantes.


PEUPLES ET CULTURES

Les origines tribales

La plupart des anthropologues s'accordent pour dire que les Indiens d'Amérique du Nord sont venus d'Asie, plus précisément de la Sibérie, par le détroit de Béring.

Ils sont beaucoup moins sûrs de l'époque exacte de leur migration. Il y a aujourd'hui de très nombreuses raisons de croire que l'homme était présent dans le Nouveau Monde dès le dixième millénaire avant l'ère chrétienne. Cependant, la récente découverte d'outils de pierre taillée a conduit certains historiens à repousser cette époque jusqu'au quarantième millénaire avant Jésus-Christ.

Les premiers habitants du continent, lequel était alors en grande partie recouvert de glaciers, étaient des chasseurs. Ils faisaient leurs proies du mégathérium (paresseux) et du mammouth, qui étaient tous deux beaucoup plus gros que les mammifères terrestres actuels.

Ils utilisaient des lances de bois munies de pointes de pierre, obtenues en faisant patiemment éclater les tranches d'un morceau de silex. Les préhistoriens supposent que les chasseurs frappaient l'animal de très près, probablement lorsqu'il était immobilisé dans un marais.

La chasse au gros gibier était très répandue dans les plaines et dans les forêts de l'est du Canada jusqu'au huitième millénaire avant Jésus-Christ. Dans l'extrême ouest du Canada, une culture analogue de chasseurs et de pêcheurs s'était développée et est connue sous le nom de Culture ancienne des Rocheuses.

Lorsque les glaciers commencèrent à se retirer, le réchauffement graduel du climat eut des répercussions radicales sur la faune et le flore. Le mammouth disparut. Dans les forêts entourant les lacs laissés par les glaciers en retraite, les hommes chassaient le cerf, l'ours, l'orignal et le gibier de plus petite taille.

La culture qui se développera dans cet environnement de forêts humides fut appelée l'Archaïque boréal. Elle dura jusqu'à environ 6 000 ans avant Jésus-Christ. Sa caractéristique principale était la fabrication d'outils de travail du bois, parmi lesquels se trouvaient des haches, des gouges et des doloires. Avec ces outils, les Indiens de l'Archaïque boréal pouvaient fabriquer des canots monoxyles.

Vers l'an 1000 avant Jésus-Christ, la culture appelée le Sylvicole inférieur prit forme dans l'est de l'Amérique du Nord. Les peuplades étaient devenues plus stables et des cultures distinctes commençaient à se cristalliser. La poterie et les sépultures cérémonielles firent progressivement leur apparition dans les cultures des tribus préhistoriques du Canada.

Les langues

La communication était essentielle à l'intérieur de chacune de ces nouvelles cultures. Grâce à un langage commun, les membres d'une culture donnée pouvaient partager leurs expériences et leurs visions du monde. Ainsi, pendant des milliers d'années, les différentes tribus indiennes du Canada développèrent des langues distinctes, qui exprimaient chacune un genre de vie particulier.

Les anthropologues et les linguistes ont classé les langues indiennes du Canada en plusieurs familles linguistiques. Chacune de ces familles se compose de langues particulières, qui descendent toutes directement d'une «langue originelle» commune. Ce classement des différentes langues indiennes en familles distinctes est le résultat de la patiente et laborieuse comparaison des sons, des mots et des significations particulières à chaque langue.

Les dix familles linguistiques des Indiens du Canada sont: l'algonquienne, l'iroquoienne, la siouenne, l'athapascane, la kootenayenne, la salishenne, la wakashenne, la tsimshenne, la haida et la tlingite. Ces dix familles regroupent en tout plus de 50 langues distinctes qui se sont développés au Canada.

Familles linguistiques


Cependant, hier comme aujourd'hui, les Indiens appartenant à la même famille linguistique ne sont pas nécessairement de la même culture. Les Pieds-Noirs des plaines et les Micmacs des Maritimes, par exemple, sont tous deux de famille algonquienne mais ont toujours été de cultures radicalement différentes.

De même, les Indiens d'une même culture ne font pas nécessairement partie d'une famille linguistique commune. Cela est particulièrement vrai sur la côte du Pacifique où les Indiens des familles salishenne, wakashenne, tsimshienne et haida partagent la même culture.

Au début du siècle, les différentes tribus de la côte du Pacifique commerçaient énormément entre elles, de sorte qu'il leur fut nécessaire d'adopter une sorte de langage commercial commun. Elles développèrent ainsi une forme simplifiée du chinook, langue indigène de l'État du Washington, aux États-Unis.

En plus des quatre familles linguistiques de la côte du Pacifique, il y avait sur le plateau intérieur de la Colombie-Britannique trois autres familles, la kootenayenne, l'athapaskane, et la tlingite. Cela signifie que sept des dix familles linguistiques indiennes du Canada se trouvaient à l'ouest de la limite séparant l'Alberta et la Colombie-Britannique. Les linguistes supposent que cette grande diversité de langues est due à la configuration de la Colombie-Britannique. les montagnes de l'intérieur, les fjords profondément découpés, le chapelet d'îles côtières, tout tendait à isoler les divers groupes tribaux les uns des autres.

Tout comme les Indiens de la côte du Pacifique, les Indiens des plaines avaient une culture commune et, pourtant, ils parlaient des langues appartenant à trois familles différentes, la siouenne, l'algonquienne et l'athapascane. Les vaillants cavaliers des plaines voyageaient tellement que leurs différentes tribus étaient fréquemment appelés à entrer en contact les unes avec les autres. Afin de pouvoir communiquer, elles développèrent un langage gestuel complexe qui comprend environ 800 signes.

Les régions culturelles

Une région culturelle est une zone géographique occupée par un certain nombre de tribus de même culture. Cependant, ces tribus peuvent parler des langues de familles linguistiques différentes.

On s'accorde généralement pour reconnaître l'existence de six cultures régionales indiennes au Canada, chacune d'entre elles étant largement conditionnée par son milieu géographique.

Avant l'arrivée des Européens, les Indiens du Canada pourvoyaient à tous leurs besoins matériels et spirituels grâce à la nature environnante. Le milieu naturel et les formes de vie qui s'y développaient leur fournissaient les matériaux et les produits nécessaires à l'habillement, au logement et à l'alimentation.

La culture indienne la plus orientale du Canada était celle des Indiens des bois. Ils vivaient dans un environnement de dense forêt boréale, limité au nord par la taïga. L'orignal, l'ours, le castor et le caribou fournissaient aux Indiens à l'alimentation et à l'habillement. Ces derniers variaient leur régime alimentaire grâce aux poissons d'eau douce, aux oiseaux aquatiques, aux coquillages et à la morue qu'ils trouvaient en abondance sur la côte de l'Atlantique. Les Indiens des bois vivaient dans un climat de températures extrêmes, avec des hivers longs et froids, et des étés courts et chauds. Dans un climat aussi difficile, la culture des plantes à longues racines était une entreprise ardue, sinon impossible.

Par contre, la région culturelle la plus au sud du Canada était l'une des zones les plus fertiles du pays. Les Iroquois vivaient sur une terre généreuse et sillonnée de rivières et de ruisseaux. Cette région vallonnée était bordée au nord par des forêts où le cerf, le castor et l'ours avaient élu domicile. La grande caractéristique de cette région était son climat tempéré. Avec une saison de végétation de cent quarante jours en moyenne, les Iroquois avaient amplement le temps de planter et de faire pousser le maïs, les haricots et les courges.

La région culturelle des Indiens des plaines était une vaste prairie, interrompue par des collines ou des rivières. Les Prairies renfermaient une faune très abondante, en dépit de leur aspect apparemment désertique. On y trouvait des chevaux et des antilopes, par troupeaux entiers, ainsi que le plus grand des mammifères terrestres de l'Amérique du Nord, le bison.

Entre les Prairies et la côte du Pacifique, se trouvait la région culturelle des Indiens du plateau. C'était une terre de contrastes, allant du semi-désert du sud aux montagnes élevées et densément boisées du Nord. Le saumon abondait à l'embouchure des fleuves Fraser et Columbia et de la rivière Thompson, et on trouvait sur le plateau une multitude d'espèces de mammifères terrestres, allant de la chèvre et du mouton des montagnes au caribou, en passant par l'orignal, le cerf et l'ours.

Les Indiens de la région culturelle de la côte du Pacifique trouvaient une source de nourriture abondante dans la mer, avec ses saumons, ses coquillages et ses baleines. Terre de climat doux et de pluies abondantes, la côte du Pacifique était couverte de forêts denses où régnait le gigantesque cèdre rouge.

Les Indiens des vallées des fleuves Mackenzie et Yukon avaient une vie beaucoup plus difficile. Leur région était faite de forêts obscures et de cette terre inculte et trempée que l'on appelle muskeg . Les animaux migrateurs, comme le caribou et l'orignal, y étaient beaucoup plus rares et dispersés que dans les forêts de l'Est, et les hivers longs et rigoureux rendaient plus difficile encore la survie des petites communautés de ces régions.

Les Indiens des bois

Les principales tribus

Les indiens des bois étaient divisés en huit tribus principales, parlant toutes des langues de la famille algonquienne. Les Béothuks, aujourd'hui disparus, vivaient à Terre-neuve, et les Micmacs en Nouvelle-Écosse, dans l'est du Nouveau-Brunswick, à Gaspé, au Québec et dans l'Île-du-Prince-Édouard. L'ouest du Nouveau-Brunswick et la partie du Québec qui le touche étaient peuplés par les Malécites.

Les Montagnais et les Naskapis vivaient dans ce qui est aujourd'hui le Québec et le Labrador. Les Montagnais occupaient les régions extrêmement boisées de la côte nord du Saint-Laurent, jusqu'à Sept-Îles. Les terres des Naskapis, sorte de toundra, s'étendaient très loin jusque dans le nord-est du Québec.

Les Saulteux (appelés également Ojibways) peuplaient un vaste territoire qui englobait la partie nord des lacs Huron et Supérieur, à partir de la baie Georgienne jusqu'à la limite des Prairies, et qui s'étendait au nord jusqu'aux sources des rivières qui coulent vers la baie d'Hudson. Les Algonquins vivaient dans la vallée de l'Outaouais.

Au nord et à l'est des Saulteux, les Cris occupaient aussi une région immense. Ils vivaient sur la côte sud-ouest de la baie d'Hudson, presque jusqu'à Churchill. Leur territoire était limité à l'est par le lac Mistassini et s'étendait à l'ouest jusqu'à la limite des Prairies.

L'organisation sociale

La plupart des tribus des bois étaient divisées en plusieurs bandes, chacune ayant son propre territoire de chasse et étant politiquement indépendante des autres. Composées d'un certain nombre de familles apparentées, les bandes comptaient rarement plus de 400 membres. Chaque bande avait un chef, qui s'était généralement mérité ce titre par son courage, sa force de caractère ou ses qualités de chasseur. En principe, tous les membres de la bande étaient égaux entre eux de sorte que le chef avait peu de privilèges, quand il en avait.

Certaines tribus, en particulier les Micmacs et les Saulteux, se divisaient en plusieurs clans qui pratiquaient l'exogamie. Chaque clan arborant un symbole en propre, les Micmacs en décoraient leurs vêtements, leurs canots, leurs chaussures et autres possessions. Les Saulteux se divisaient en plus de 20 clans, dont chacun portait le nom de la créature sensée l'avoir créé. Ils pensaient que l'orignal, le lynx, l'ours, le loup et la grue, entre autres, étaient des animaux qui avaient fondé leurs clans.

Les Indiens des bois, chasseurs et piégeurs, avaient une connaissance approfondie des habitats et des mouvements saisonniers des animaux, des poissons et des oiseaux aquatiques. Les bandes suivaient leurs migrations, se déplaçant d'un terrain de chasse à l'autre dès que les prises se faisaient moins abondantes. Toutes les régions n'étaient pas aussi giboyeuses. Dans le nord de l'Ontario et du Québec, les animaux étaient si rares que même les meilleurs chasseurs étaient parfois menacés de famine.

En prévision des temps difficiles, pendant les mois d'été, chaque bande faisait soigneusement sécher la viande, le poisson et les baies qu'elle pouvait entreposer dans des caches secrètes.

Les modes de transport

La mobilité étant essentielle aux Indiens des bois, ils développèrent des modes de transport adaptés à leur environnement et pour lesquels ils fabriquèrent des articles légers et facilement transportables.

Le canot d'écorce de bouleau était une embarcation légère, élancée et durable, conçue pour naviguer sur les rivières et les lacs nombreux. Il pouvait répondre aux divers besoins d'un groupe de chasseurs. Chez les Saulteux, par exemple, le canot servait à faire la cueillette du riz sauvage qui poussait dans les eaux peu profondes des étangs de la région du lac des Bois. Les feuilles d'écorce de bouleau constituaient le revêtement de ces canots solidement bâtis. Elles étaient cousues les unes aux autres et montées sur une armature de bois à l'aide de filaments de racines d'épinette blanche fendues et pelées, et qu'on avait fait tremper. Les joints étaient rendus étanches par l'application de résine de sapin chauffée et de graisse. Transportés aisément lors des portages, les canots pouvaient être réparés avec des matériaux trouvés dans la forêt.

Pendant l'hiver, alors que les rivières et les lacs étaient gelés, les canots étaient mis en lieu sûr. On utilisait alors les toboggans pour le transport du matériel. Des raquettes étaient utilisées pour la chasse et les déplacements divers. La forme des raquettes variait d'une tribu à l'autre. Les Cris préféraient la «patte d'ours», une large raquette de forme ovale. Les Micmacs utilisaient deux types de raquettes, toutes deux avec un bout carré. On utilisait les plus grandes de ces raquettes dans la neige poudreuse, alors que le type plus léger convenait à merveille dans la neige givrée.

Le collier de charge était un autre instrument de transport important. Il s'agissait d'une large lanière de cuir que le porteur passait sur son front, les deux extrémités de la lanière étant attachées à la charge qui reposait confortablement sur le dos du porteur.

Des sacs doublés de mousse étaient utilisés pour porter les bébés. Les mères micmacs et saulteuses assujettissaient, au moyen de lanières, ces sacs dans des berceaux de bois de telle manière que le bébé se trouvait tenu en position verticale, ses pieds reposant sur une planchette posée au fond.

Les habitations

Toutes les tribus avaient des habitations qu'elles pouvaient transporter facilement ou dresser rapidement, en utilisant les matériaux disponibles sur place. Les wigwams consistaient pour l'essentiel en un ensemble de pieux recouverts d'écorce, de nattes de paille tressée ou de peaux de caribou. Une ouverture aménagée dans la partie supérieure assurait l'aération.

La plupart des tribus préféraient les wigwams coniques qu'elles pouvaient dresser en une heure. Cependant, les Saulteux et les Cris utilisaient parfois des wigwams de forme arrondie.

En hiver, pour isoler davantage du froid, les Cris de l'Est creusaient parfois dans le sol un trou de dix centimètres de sorte que la surface habitable se trouvait au-dessous du niveau de gel.

Les Indiens des bois ne transportaient que la couverture de leurs habitations, car ils étaient certains de trouver les pieux nécessaires sur les lieux de leur prochain campement. Ils étaient donc en mesure de lever le camp et de s'en aller en quelques minutes.

L'utilisation de l'écorce

Les Indiens des bois faisaient un usage multiple de l'écorce légère et durable qu'ils avaient à portée de la main, en particulier celle du bouleau. Ils faisaient cuire leur nourriture dans des récipients d'écorce remplis d'eau dans lesquels ils jetaient des pierres chauffées. L'écorce était utilisée pour fabriquer toutes sortes de récipients parmi lesquels des boîtes, des paniers, des corbeilles, des assiettes et des cuillères. Les femmes faisaient parfois des dessins artistiques sur l'écorce en les marquant avec régularité de leurs dents.

L'écorce de bouleau pouvait aussi servir à l'occasion de manteau imperméable, ou encore des messages et des indications de directions inscrits sur des morceaux d'écorce servaient à guider les voyageurs. Les bons chasseurs attiraient les orignaux à l'aide d'appeaux faits d'écorce de bouleau.

Les techniques de chasse et de piégeage

L'hiver était difficile, mais il avait ses avantages. Dans la neige profonde, les traces d'un orignal étaient repérables, ce qui facilitait la tâche des chasseurs. Munis de leurs raquettes légères, les chasseurs pouvaient rattraper un animal immobilisé dans la neige profonde.

La méthode de chasse consistait surtout à traquer les animaux d'affût en affût pour les abattre finalement à l'aide de lances, d'arcs et de flèches. On utilisait aussi des collets et des pièges pour capturer les animaux. L'un des pièges les plus courants était l'assommoir; lorsque l'animal essayait de saisir l'appât, il actionnait un mécanisme qui faisait tomber sur lui une lourde bûche qui le tuait sur le coup. Le collet, technique le plus souvent utilisée pour des petits animaux comme le lapin, était généralement fait de lacets qui capturaient l'animal par le cou ou la patte. Les collets étaient faits de tendons d'animaux, appelés babiche, ou d'une lanière de cuir.

Des palissades étaient souvent construites dans les bois le long des pistes empruntées par les orignaux ou les cerfs. Des pièges étaient placés aux endroits stratégiques le long de la palissade. Les Naskapis suspendaient des collets le long des pistes naturelles et artificielles par où les caribous devaient passer. Lorsque les andouillers de ces derniers se prenaient dans les collets, il devenait facile de les tuer à coup de lances et de flèches.

À l'exception des Cris, presque tous les Indiens des bois pratiquaient la pêche. Souvent ils plaçaient des fascines dans le lit des cours d'eau pour constituer un barrage destiné à retenir les poissons tout en laissant couler l'eau. Ces fascines étaient généralement faites de treillis de bois et de buissons.

Les vêtements

La plupart des vêtements étaient faits en peau d'orignal, de cerf ou de caribou. Les vêtements les plus courants étaient les tuniques, les jambières, les mocassins, et les pagnes pour les hommes. Les femmes étaient habillées à peu près de la même manière, mais leurs tuniques descendaient jusqu'aux genoux ou aux chevilles. En hiver, des capes de fourrure, généralement faites de peaux de lapins cousues, protégeaient du froid. Les tuques et les gants étaient faits de fourrure de rat musqué, de castor et d'autres animaux à fourrure. Peut-être sous l'influence des Inuit de la Côte, les Naskapis ajoutaient à leurs manteaux des capuchons pour l'hiver.

Les Saulteux teintaient leurs vêtements de colorants rouge, jaune, bleu et vert fabriqués avec des fleurs, des racines ou des baies sauvages. Les gants des chasseurs et les mocassins des femmes étaient décorés de motifs en piquants de porcs-épics et en poils d'orignal.

Les femmes s'occupaient du travail des peaux: elles les épilaient soigneusement, les nettoyaient de tout résidu de chair, les faisaient tremper et les étiraient. Les peaux étaient souvent tannées à la fumée. Les femmes utilisaient des couteaux de pierre pour tailler les peaux, des poinçons pour percer les trous, et des aiguilles d'os pour coudre les peaux entre elles à l'aide de tendons provenant du dos ou des pattes du caribou, de l'orignal ou du cerf. La fabrication de la babiche, sorte de corde de cuir remarquablement solide, était une autre des tâches imparties aux femmes. La babiche était utilisée pour attacher les charges diverses, pour corder les raquettes et pour lacer les berceaux.

Les femmes vaquaient également à d'autres tâches essentielles; elles ramassaient le bois à brûler, faisaient la cuisine et fabriquaient les filets de pêche.

Les croyances et les cérémonies

Une bonne partie des croyances religieuses des Indiens des bois étaient liées à leurs habitudes de chasse. L'ours, par exemple, était particulièrement respecté. Avant de tuer un ours, un chasseur lui parlait ou lui chantait une chanson pour l'assurer que la mort était nécessaire à la survie de sa famille.

En signe de respect, les crânes d'ours et de castors étaient soigneusement nettoyés et placés sur un poteau ou dans un arbre, hors de la portée des chiens.

On croyait que certaines pratiques pouvaient renforcer la relation entre les chasseurs et les esprits des animaux. Les Naskapis, par exemple, avaient une fête rituelle appelée Mokoshan, au cours de laquelle ils mangeaient de la moelle de caribou. Les chasseurs emportaient avec eux des amulettes pouvant leur porter chance. Certaines de ces amulettes étaient des becs d'oiseaux, des griffes d'animaux, des crânes de belettes ou, comme chez les Cris de l'Est, la tête séchée et décorée de la première oie de l'année.

Pendant leur adolescence, les jeunes hommes partaient en quête d'une vision, pour trouver un esprit gardien qui les aiderait toute leur vie à la chasse et à d'autres activités.

Les Indiens accordaient beaucoup d'importance aux visions et aux rêves: rêver à des rayons de soleil frappant le sol était particulièrement de bon augure pour un chasseur.

Le djasakid était une sorte de chamane qui présidait à la cérémonie de la «tente qui bouge», dans le but d'aider à trouver des objets perdus ou des personnes disparues et de prédire où l'on pourrait trouver du gibier. Après le coucher du soleil, le djasakid était placé pieds et poings liés dans une petite cabane circulaire. Il chantait, et la tente se mettait à remuer. Il envoyait alors des esprits à la recherche des caribous et des orignaux, et racontait avec une voix différente de la sienne ce qu'il avait vu.

Le chamane opérait généralement des guérisons en plaçant un tube sur le corps du patient et en aspirant le mal. Il s'y connaissait également, tout comme de nombreuses femmes, en plantes médicinales.

Les Saulteux avaient un petit groupe de guérisseurs d'élite connu sous le nom de Medewiwin ou Société des grands guérisseurs. Ce groupe organisait de complexes cérémonies de guérison. Les hommes et les femmes de cette société se soumettaient à un rituel de purification qui consistait à entrer dans une sorte de sauna où les vapeurs brûlantes de plantes odoriférantes purifiaient leur corps et leur esprit. La Société comportait quatre degrés, et même pour être admis au premier degré, il fallait traverser une longue période d'instruction sur l'art de ramasser les herbes, de diagnostiquer les maladies et de guérir les malades.

Les Indiens des bois croyaient qu'en chantant, en jouant du tambour et en faisant un usage rituel du tabac, il était possible de renforcer son manitou, l'esprit omniprésent qui anime les êtres humains et la nature.

Le tambour, le plus important des instruments de musique des Indiens des bois, revêtait la forme du tambourin ou du tambour à deux têtes. Ils avaient également un petit tambour à eau en forme de baril qui émettait une note pouvant se répercuter sur une très longue distance.

Les Indiens du sud-est de l'Ontario

Les principales tribus

Il y avait neuf tribus iroquoiennes, qui parlaient toutes des langues appartenant à la même famille. Les Hurons vivaient entre le lac Simcoe et la baie Georgienne. Au sud et à l'ouest se trouvaient leurs alliés, les Pétuns (appelés également Tabacs).

Un peu plus au sud, dans la péninsule du Niagara, vivaient les Neutres, alors que les Ériés avaient établi leurs villages sur la côte sud du lac qui porte leur nom.

De la partie sud du lac Ontario jusque vers le haut Saint-Laurent, vivaient les Iroquois, regroupés dans une confédération de cinq nations ou tribus: les Mohawks, les Onéidas, les Onondagas, les Cayugas et les Sénécas. Après 1722, une sixième tribu, les Tuscaroras, se joignit à la confédération iroquoise.

L'organisation sociale

Agriculteurs de premier ordre, les Iroquois obtenaient des récoltes dont l'abondance dépassait leurs besoins. Ceci eut des conséquences importantes pour leur culture. Il leur était possible de mener une vie communautaire permanente qui contrastait fortement avec la vie nomade des Indiens des bois. Cela donnait également aux Iroquois assez de stabilité et de temps libre pour se permettre d'avoir un système de gouvernement complexe fondé sur des principes démocratiques.

Le système de gouvernement des Hurons, par exemple, était tel que même le plus petit de ses éléments n'avait jamais à céder ses droits. Ce système s'est développé à partir d'une structure familiale: il y avait huit clans matrilinéaires qui pratiquaient l'exogamie et qui déterminaient les mariages, l'identité individuelle et la vie cérémonielle. Les animaux totémiques, tels que l'ours, le castor, le cerf et le loup, caractérisaient chacun de ces clans. Chaque clan était représenté dans tous les villages hurons, de sorte que les clans constituaient un lien permanent et important d'un bout à l'autre de la confédération huronne.

Chaque clan avait deux chefs: un chef de guerre et un chef civil. Le chef de guerre était choisi pour son intelligence, ses talents oratoires, sa générosité et ses capacités guerrières. Pour pouvoir représenter convenablement son clan, il devait avoir le soutien des autres dirigeants hurons. Le chef civil s'occupait de toutes les questions internes du clan et ne pouvait être destitué que par les membres de ce dernier. On ne pouvait pas l'obliger à accepter contre sa volonté une décision prise par d'autres chefs. Le conseil du village, qui rassemblait tous les chefs de clan d'un village, se réunissait tous les jours.

Les Hurons avaient un système politique constitué de trois fonctions; leur gouvernement était assuré par les conseils de village, les conseils tribaux et le conseil de la confédération. Les réunions annuelles du conseil de la confédération servaient à renforcer les liens au sein de la confédération et à coordonner les relations avec les tribus ennemies. Les décisions devaient faire l'objet d'un consensus, et les discussions se poursuivaient parfois tard dans la nuit jusqu'à ce qu'on finisse par se mettre d'accord.

Comme les Hurons, les Iroquois étaient divisés en clans matrilinéaires qui pratiquaient l'exogamie, chacun d'entre eux étant identifié par un animal totémique. En dépit de ces facteurs d'unité, il arrivait que les tribus iroquoises soient en guerre les unes contre les autres.

Selon la tradition, un prophète nommé Dekanawideh proclama la Grande Paix entre toutes les tribus iroquoises. Ses efforts aboutirent à la création d'un puissant conseil de tous les chefs des cinq tribus iroquoises. Ces 50 hommes définirent les lois de la confédération. On ignore la date exacte de la création de la «Ligue» mais on pense que ce devait être au XVe siècle. Tous les chefs appelés à faire partie du conseil de la Ligue devaient souscrire à la devise: «Un coeur, un esprit, une loi». Les décisions devaient être prises à l'unanimité. Les chefs se réunissaient lorsqu'il fallait arbitrer des problèmes entre les tribus de la confédération ou décider de la guerre ou de la paix avec les tribus de l'extérieur.

La Ligue était symbolisée par la longue maison - l'habitation traditionnelle iroquoise - dont les Mohawks gardaient la porte est, les Sénécas la porte ouest, les Cayugas la porte sud, et les Onéidas la porte nord, alors que les Onondagas en occupaient le centre.

Lorsque l'un des 50 chefs de la Ligue mourait, la matrone du clan choisissait son successeur, en consultation avec les autres femmes du clan. Si la personne choisie ne donnait pas satisfaction, la matrone le destituait. Les Iroquois appelaient ce processus le «décornement» du chef; en d'autres termes, les andouillers qui symbolisaient sa fonction lui étaient enlevés.

«Les trois soeurs»

Les Iroquois cultivaient le maïs, les haricots et les courges. Ces trois plantes étaient si étroitement associées dans l'esprit des Iroquois que ces derniers les appelaient «les trois soeurs». De fait, ces trois plantes étaient cultivées ensemble: le maïs et les haricots étant plantés côte à côte sur une même butte, de façon que les tiges de maïs puissent supporter les haricots grimpants. Les courges, plantées en même temps, poussaient sur le terrain plat entre les buttes, leurs grandes feuilles assurant une protection contre les mauvais herbes.

Chez les Hurons, des danseurs costumés représentant les trois plantes se produisaient lors de cérémonies rituelles où l'on célébrait la fertilité de la terre et l'abondance des récoltes.

En dépit de l'abondance de la viande, du poisson et du gibier aquatique, les tribus iroquoiennes vivaient essentiellement de leurs récoltes. On a calculé que le régime alimentaire d'un Huron comprenait 65 p. 100 de maïs (environ 550 grammes par jour); 15 p. 100 de haricots, de courges et de graines de tournesol; 10 p. 100 de poisson; 5 p. 100 de viande (du cerf ou du lapin); et 5 p. 100 de produits forestiers comme des baies, des noix, du sucre d'érable et des légumes-feuilles.

Les Hurons cultivaient 15 variétés de maïs, 60 types de haricots et 6 sortes de courges.

Les méthodes de culture

Les hommes défrichaient la terre, coupant les arbres et les buissons. Les semailles, la culture et la récolte étaient l'affaire des femmes.

En utilisant des sortes de binettes faites d'andouillers d'orignal ou d'omoplates de cerf, les femmes formaient de petites buttes de terre. Elles creusaient ensuite, à l'aide d'un bâton, un trou de plusieurs centimètres de profondeur dans chaque butte, dans lequel elles déposaient les semences.

Les semences étaient choisies en fonction de la taille, du goût et de la couleur de la plante à venir, et selon que celle-ci poussait plus ou moins rapidement. On faisait généralement germer les graines de maïs dans un lit d'écorce humide.

Pendant au moins six mois de l'année, les femmes et les enfants vivaient et travaillaient aux champs, plantant en mai, sarclant et chassant les prédateurs en juin, en juillet et en août, et récoltant et faisant sécher les plantes en septembre. Les courges étaient conservées dans des caches souterraines tapissées d'écorce et recouvertes de terre, et le maïs et les haricots, dans de grands récipients d'écorce placés dans les maisons.

Les Iroquois ne connaissaient pas l'engrais, et le sol cultivé s'épuisait après trois ou quatre ans. Il fallait alors chercher de nouvelles terres à cultiver et, pour cette raison, une collectivité devait se déplacer tous les dix ans.

Les villages

Si on les compare aux Indiens des bois, on peut dire que les Iroquoiens avaient des villages relativement permanents. Ils construisaient leurs villages en des lieux bien asséchés et fertiles, proches d'une bonne source d'eau potable, non loin d'une forêt où ils pouvaient trouver le bois à brûler et les matériaux de construction nécessaires, et faciles à défendre contre les tribus hostiles.

C'est pour cette raison qu'ils accordaient leur préférence au sommet des collines, et qu'ils tiraient partie des obstacles naturels, tels que les marais, en prévision d'attaques possibles.

Les collectivités iroquoiennes variaient entre des hameaux de 50 personnes et des villages de 1 000 habitants et plus. Les villages mohawks étaient généralement les plus petits, ceux des Hurons et des Sénécas, les plus grands. Les champs de maïs entourant les villages étaient souvent immenses. En 1677, on rapportait que les Onondagas avaient des champs de maïs qui s'étendaient sur une distance de trois kilomètres autour de la colline sur laquelle ils avaient établi leur village.

Les fortifications

Chez les Iroquoiens, c'est à la guerre que les jeunes hommes pouvaient acquérir un certain prestige. La vengeance était la principale raison de guerroyer. Une tribu, ou une confédération de tribus, attaquait ainsi l'adversaire pour venger les frères tués au cours de combats antérieurs.

C'est pourquoi tous les grands villages iroquoiens, et ceux qui étaient situés à la frontière du territoire ennemi, étaient puissamment fortifiés. En cas d'attaque, les habitants des petits villages se réfugiaient dans les places fortifiées ou se cachaient dans la forêt.

Pour se protéger des Iroquois, leurs ennemis traditionnels, les Hurons dressaient des palissades savamment conçues qui comportaient jusqu'à trois rangs serrés de pieux. D'une hauteur allant de cinq à onze mètres, ces pieux étaient souvent entrelacés de branches et de morceaux d'écorce. Lorsque les palissades étaient assez hautes, on les flanquaient, à l'intérieur, de galeries à partir desquelles les défenseurs pouvaient lancer des flèches ou des pierres sur les assaillants qui tentaient d'escalader le rempart, ou verser de l'eau pour éteindre les feux allumés par ces derniers.

Les habitations

Le trait le plus caractéristique du village iroquoien était la longue maison, qui était elle-même symbolique de la famille nombreuse et élargie qu'elle abritait. Chaque longue maison appartenait à un matriclan dirigé par une matrone puissante. C'est cette dernière qui surveillait les affaires quotidiennes de la maison. La famille consistait généralement de la matrone, de son mari, de ses fils non mariés, de ses filles et de leur mari et des enfants de ces dernières. Un homme s'installait généralement dans la longue maison de sa femme lorsqu'il se mariait.

Les maisons étaient faites de deux rangées de perches parallèles qu'on inclinait vers le centre où, entremêlées à d'autres perches, elles formaient le toit. La structure ainsi érigée était recouverte de plaques d'écorce - écorce de bouleau dans le cas des Iroquois, et de cèdre dans celui des Hurons. Des trous d'aération étaient aménagés dans le toit au moyen de certaines plaques d'écorce qu'il suffisait de déplacer pour élargir l'ouverture en été et la refermer en hiver.

La dimension des longues maisons variait selon le nombre de membres du matriclan. En moyenne, une longue maison avait 10 mètres de large, 25 mètres de long. La maison était divisée dans le sens de la longueur par une rangée de foyers que se partageaient les familles nucléaires vivant de part et d'autre. Des lits étaient placés le long des murs, assez hauts pour ne pas être en contact avec le sol humide, et assez bas pour ne pas être atteints par la fumée.

Groupées par familles, les longues maisons étaient construites suffisamment loin les unes des autres pour éviter la propagation des incendies.

La construction d'un village iroquois n'était pas une mince affaire. Pour un village fortifié de 1 000 personnes et de 36 longues maisons, il fallait environ 20 000 pieux. Il arrivait qu'un crieur public parcourût la village pour demander de l'aide lorsque de nouvelles maisons étaient construites. Cependant, le travail de construction était fait pour l'essentiel par les membres de sexe masculin du matriclan qui s'installeraient dans la maison et l'utiliseraient.

La division du travail

Les tâches des femmes et des hommes iroquoiens étaient clairement définies. En plus d'être entièrement responsables des récoltes, les femmes ramassaient le bois à brûler, apprêtaient les peaux et confectionnaient les vêtements. C'étaient elles qui fabriquaient les ustensiles ménagers tels que les poteries, les paniers et les nattes d'osier, d'écorce et de pelure de maïs. Chargées de la cuisine, elles préparaient souvent une soupe de maïs enrichie de morceaux de poisson, de viande ou de courge. Elles moulaient les grains de maïs dans un tronc d'arbre évidé en utilisant un pilon de bois d'environ deux mètres de long.

Les Hurons construisaient des canots qui, comme ceux des Indiens des bois, étaient recouverts d'écorce. Les Iroquois, quant à eux, préféraient la terre ferme. Excellents coureurs, ils pouvaient couvrir des distances extrêmement longues en un temps remarquablement court.

Les hommes fabriquaient aussi des outils et des armes de pierre, ainsi que des cuillères, des bols, des massues et des armures de bois.

Les vêtements de daim étaient de conception relativement simple, quoique parfois rehaussés de couleurs vives et de broderies en piquants de porcs-épics. Les femmes portaient des jupes et parfois des vestes. Les hommes portaient des pagnes, auxquels ils ajoutaient de longues jambières et des chemises lorsque la température était fraîche. Hommes et femmes portaient des mocassins. Les Iroquois confectionnaient parfois des chaussures avec des pelures de maïs tressées.

Les hommes contribuaient à l'économie du groupe en construisant les maisons et les palissades, de même qu'en chassant et en pêchant. En plus des assommoirs et des collets utilisés par la plupart des tribus iroquoiennes, on employait des sarbacanes et des fléchettes pour chasser les oiseaux et le petit gibier. Pour les Hurons, la chasse au cerf était une entreprise collective. Plusieurs centaines d'hommes traquaient les animaux jusqu'à une rivière ou à un enclos construit à cette fin, où ils étaient mis à mort.

Les expéditions commerciales

Pendant l'été, les Iroquois partaient en expédition pour échanger leurs biens avec leurs alliés et avec les tribus voisines des forêts du Nord, comme les Algonquins. Les Neutres, par exemple, troquaient avec les Algonquins pour obtenir des fourrures de bonne qualité et des piquants de porcs-épics. En échange, ils leur fournissait du maïs, du tabac, des hameçons et des wampum - bandes de perles blanches et violettes faites de coquilles de dentale et qui constituaient une monnaie d'échange très appréciée.

En plus de commercer directement avec leurs alliés et avec les Indiens des bois, les Hurons monopolisaient les activités d'échange des Pétuns, pour lesquels ils agissaient comme intermédiaires dans le troc du maïs et du tabac, tout en prélevant une part pour eux-mêmes.

La guerre

À l'exception des Neutres et des Pétuns, qui menaient une existence paisible, les tribus iroquoiennes pratiquaient des incursions de pillage de la fin du printemps jusqu'au début de l'automne.

À la requête de familles qui avaient perdu des membres à la guerre, les chefs de guerre hurons organisaient des raids, allant de village en village pour expliquer leur plan et encourager les jeunes hommes à se joindre à eux.

Leurs armes principales étaient l'arc et la flèche pour le combat à distance, et la massue pour les combats rapprochés. Certaines tribus iroquoiennes usaient d'armures faites de pièces de bois attachées avec des cordes, ou de pièces de vannerie recouvertes de cuir. La plupart des guerriers transportaient avec eux un petit sac de maïs qui leur permettait de subsister pendant plusieurs semaines. Cette alimentation était enrichie par le poisson ou la viande trouvés en cours de route.

La capture de prisonniers donnait du prestige à un guerrier. Les prisonniers étaient très souvent soumis à de cruelles tortures dans le village de leurs ravisseurs, mais il était arrivé fréquemment qu'ils soient adoptés par la tribu ennemie. En général, un prisonnier était adopté par une famille qui avait perdu un guerrier à la guerre.

Les croyances et les cérémonies

Les Hurons croyaient que tout ce qui existe, y compris les objets fabriqués par l'homme, a une âme immortelle. Les âmes capables d'influencer les êtres humains étaient appelés oki. Parce qu'il contrôlait les saisons et les autres phénomènes naturels, l'oki du ciel était considéré comme le plus puissant de tous.

Les adolescents hurons partaient aussi en quête d'une vision, dans l'espoir de trouver l'esprit gardien qui leur révélerait le chant de guerre personnel qu'ils devraient entonner lorsqu'ils seraient en danger.

Les chamanes les plus importants étaient les guérisseurs. On en comptait deux sortes: les ocatas, qui dressaient un diagnostic et suggéraient des remèdes pour toutes sortes de maladies, et les aretsans, qui se spécialisaient dans l'art de conjurer les sorts jetés par les sorciers.

Les Hurons et les Iroquois avaient des sociétés de guérisseurs. La Société des faux visages, qui existait chez les Iroquois, est peut-être la plus célèbre. Les masques de bois utilisés dans les rituels étaient censées posséder une force spirituelle et représentaient toute une hiérarchie d'êtres mythiques. Chacun de ces masques grimaçants conférait des pouvoirs curatifs particuliers au membre de la Société qui le portait.

Pour les peuples iroquoiens en général, l'hiver était l'époque des rencontres et des festivals. L'Ononharoia - le principal festival d'hiver huron - était un cérémonial de guérison des esprits. Il était célébré au moins une fois l'an dans tous les grands villages lorsqu'une personne importante ou qu'un grand nombre de gens étaient malades ou déprimés. Pendant ces trois jours de fête, les gens faisaient irruption dans les maisons, renversaient le mobilier et cassaient les pots. Les malades se répandaient alors dans le village pour trouver les objets qui leur étaient apparus en rêve. S'ils les trouvaient, cela voulait dire qu'ils étaient guéris.

Le plus important des festivals hurons était la Fête de la mort. Elle se déroulait une fois tous les dix ans et, en général, plusieurs communautés voisines y participaient.

Pendant les dix jours que durait la fête, les morts de la communauté étaient retirés de leurs tombes individuelles et placés dans un ossuaire commun. Huit des dix jours de la fête étaient consacrés à la préparation des corps, dont le reste des chairs était enlevé et brûlé. Les présents apportés par les pleureurs de la famille étaient rassemblées et redistribués par un chef de village. La célébration de la Fête de la mort était, pour les Hurons, un geste de respect qui renforçait également l'esprit de bonne volonté entre les collectivités voisines.

Les Iroquois tenaient tous les ans de six à huit festivals reliés à l'agriculture et à la maturation des fruits et des baies. Il y avait un festival de sept jours lors des semailles du maïs, un autre lorsqu'il était vert, et un autre encore lorsqu'il était récolté. L'événement marquant de l'année cérémonielle iroquoise était le Festival du milieu de l'hiver, qui durait une semaine et dont les trois derniers jours se passaient en jeux. Pendant ce festival, on brûlait du tabac et on demandait au Créateur de favoriser les récoltes de l'année suivante.»


«LES NOUVEAUX VENUS»

Les premiers contacts

Les premiers Européens avec lesquels les Indiens d'Amérique du Nord entrèrent en contact étaient les marins vikings. Les entreprises de colonisation des Vikings n'avaient jamais été très poussées, mais ces derniers parvinrent néanmoins à s'installer à l'Anse-aux-Meadows, à la pointe nord-est de Terre-Neuve, aux alentours de l'an 1 000. Se limitant aux régions nordiques, les Vikings renoncèrent à leur tentative de colonisation du Groenland au début du XVe siècle.

Ce n'est qu'après le voyage de Christophe Colomb, en 1492, que les Européens revinrent sur les côtes de l'Amérique du Nord. Attirés par le pullulement des morues dans les Grands Bancs de Terre-Neuve, des pêcheurs basques, bretons, espagnols, portuguais, français, irlandais et anglais venaient pêcher tous les étés dans les eaux des Maritimes, et salaient à sec leurs prises sur les côtes voisines.

Ces visites étaient devenues si courantes que lorsque Jacques Cartier entra dans la baie des Chaleurs en 1534, il fut accueilli par des Micmacs exhibant des peaux de castor sur des perches, invitant les Français à descendre et à faire du troc. Cartier répondit en faisant tirer deux coups de canon par-dessus la tête des Indiens. Nullement intimidés, ces derniers envoyèrent une délégation de 300 personnes le lendemain et le troc commença. Des couteaux, des perles et des hachettes furent échangés contre des fourrures.

Au cours de ce même voyage, Cartier rencontra des pêcheurs iroquois en aval du village de Stadacona, situé à l'emplacement actuel de la ville de Québec. Il captura les deux fils du chef et, promettant de revenir l'année suivante, ramena les deux jeunes gens avec lui en France.

L'année suivante, les fils du chef pilotèrent Cartier dans le Saint-Laurent jusqu'à Stadacona. Cartier se rendit jusqu'au village iroquois d'Hochelaga, là où se trouve aujourd'hui Montréal. Il y fit la lecture de l'Évangile aux Indiens.

De retour à Stadacona, Cartier et son équipage construisirent un petit fort; ils furent les premiers Européens à passer un hiver entier en Amérique du Nord. Mais la dureté du climat devait bientôt prélever sa rançon de vies humaines, et 25 des hommes de Cartier périrent du scorbut durant l'hiver. En mars, cependant, les Iroquois donnèrent à Cartier une potion faite de frondes de cèdre rouge qui rétablit les survivants.

En dépit du fait que les Indiens l'avaient aidé, Cartier captura leur chef, Donnacona, les deux fils de ce dernier et sept autres Iroquois. Il promit de revenir le printemps suivant, mais on ne le revit que six ans plus tard. La plupart des Indiens qu'il avait enlevés étaient morts. Cette tragédie suscita la méfiance et la colère des indiens, qui s'opposèrent constamment aux efforts déployés par Cartier pour établir une petite colonie. Incapables de mettre un terme au harcèlement permanent dont ils étaient victimes, Cartier et ses hommes rentrèrent en France en 1542.

Malgré le retrait de Cartier et de ses colons, les pêcheurs européens continuaient de fréquenter la côte est. En plus de pêcher, ils faisaient le commerce de la fourrure avec les Indiens des bois des Maritimes.

La mode des chapeaux de castor qui avait alors cours en France créa une forte demande pour ce genre de produit, et, en 1581, une cargaison de fourrures de castor du Nouveau Monde pouvait atteindre un prix très élevé à Paris. Des aventuriers français se rendirent en Amérique du Nord à la recherche des précieuses peaux de castor.

Avec l'expansion du commerce de la fourrure, les chasseurs de langue algonquienne prirent conscience des avantages des produits de fabrication européenne. Le fer des Français était plus solide que l'os et l'andouiller; le mousquet était plus efficace que l'arc et la flèche. De plus, les Indiens passaient davantage de temps à chercher des fourrures, délaissant leurs activités traditionnelles de subsistance. C'est ainsi que les conserves et les biscuits européens furent substitués à la viande, au poisson et aux baies sauvages qui composaient jusqu'alors le régime alimentaire des Indiens.

Le commerce de la fourrure eut d'autres répercussions sur le mode de vie et les activités économiques traditionnelles. Avec les armes efficaces obtenues des Européens, les chasseurs indiens eurent tôt fait de réduire considérablement les populations animales de la côte est. Comme il fallait chercher les fourrures toujours plus loin, les bandes se trouvèrent obligées de s'aventurer dans le territoire d'autres tribus. Ces intrusions donnèrent une nouvelle dimension aux guerres intertribales, en particulier en raison du caractère meurtrier des armes dont les Indiens disposaient maintenant.

Lorsque Champlain remonta le Saint-Laurent en 1603, il rencontra des Algonquins, des Montagnais et des Malécites impatients de faire du commerce.

En 1608, Champlain en était arrivé à la conclusion que le Saint-Laurent était la clé de ce pays riche en fourrures, et c'est ainsi qu'il fonda la ville de Québec. Avec l'établissement de cette colonie, les contacts entre Européens et autochtones du Canada devinrent permanents.

L'installation à demeure des Européens entraîna inévitablement des changements pour les cultures autochtones. Aucun aspect de la vie des Indiens ne fut exempt d'influences européennes. Même les croyances spirituelles des Indiens furent lentement sapées.

Les missions religieuses

Les missionnaires jésuites suivirent Champlain dans le Nouveau Monde, où ils s'installèrent chez diverses tribus, faisant des convertis et notant leurs expériences et leurs impressions. Les jésuites compilaient ces données dans des rapports qu'ils envoyaient régulièrement à leurs supérieurs en France.

Réunis maintenant en 73 volumes, les Relations des Jésuites sont une source de renseignements très précieuse sur l'histoire des autochtones du Canada à cette époque.

En plus de convertir les Indiens, les jésuites et les sulpiciens entreprirent également de tous les assimiler à la culture française. Le plan visait à sortir les enfants de leur milieu familial et à les éduquer dans des pensionnats, en France ou dans l'un ou l'autre des nouveaux établissements de la colonie. Cependant, ce plan n'eut pas grand succès, et tous les élèves indiens retournèrent par la suite à leur peuple.

Les Ursulines firent des tentatives analogues avec les petites filles indiennes, mais elles abandonnèrent également leur projet lorsqu'elles s'aperçurent que leur nouvel environnement rendait les jeunes indiennes malades et déprimées.

Vers la fin du XVIIe siècle et jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les jésuites réussirent cependant à créer des villages chrétiens parmi les Indiens. Les réserves actuelles de Kahnawake, de St-Régis et de Lorette, au Québec, tirent leur origine du système tutélaire des missions jésuites.

Les ravages de la maladie

L'influence spirituelle et matérielle des Européens fut favorisée par les conséquences dévastatrices des maladies. Le caractère insalubre des navires européens et la nourriture avariée qu'on y trouvait accéléraient la propagation de maladies contagieuses parmi les passagers. Les explorateurs, les marchands, les colons et les missionnaires amenèrent avec eux toute une série de maladies contre lesquelles les Indiens n'étaient pas immunisés.

À la fin du XVIe siècle, de nombreuses communautés indiennes avaient été détruites par la maladie. Certains historiens ont calculé qu'en deux cent ans, la population indienne avait diminuée dans une proportion pouvant s'élever jusqu'à 95 p. 100. La typhoïde, la diphtérie, la grippe, la peste, la rougeole, la tuberculose, les maladies vénériennes et la scarlatine firent des milliers de victimes. La variole était particulièrement virulente chez les Montagnais et, en 1640, elle avait fait diminuer de moitié la population huronne du sud de l'Ontario.

Devant l'horreur des maladies nouvelles, les chamanes indiens restaient impuissants. Les traitements traditionnels, comme les séances de «suerie» ne servaient souvent qu'à répandre plus encore la contagion. Les missionnaires français en profitèrent pour exploiter l'échec des chamanes, souligner leur impuissance et les tourner en ridicule, et pour saper un peu plus les fondements spirituels de la culture indienne.

Les luttes intertribales

Le commerce de la fourrure raviva les vieilles hostilités entre les Hurons et les Iroquois. Le goût de la vengeance fit place au désir de dominer les territoires de piégeage si lucratifs, pour faire davantage de commerce avec les Européens. Grâce aux relations commerciales qu'ils avaient depuis longtemps avec les Algonquins de la rivière des Outaouais, les Hurons parvinrent à monopoliser le commerce de la fourrure avec les Français. Ils devinrent très puissants et influents.

Vers 1630, les cinq tribus de la confédération iroquoise n'étaient pas en aussi bonne posture puisqu'elles avaient épuisé à peu près toutes les ressources d'animaux à fourrure de leur territoire. Elles se tournèrent alors avec envie vers les terres plus productives des Hurons.

Cruellement éprouvés par les épidémies de variole des années 1637 à 1641, les Hurons avaient perdu une bonne partie de leurs chefs les plus expérimentés, ce qui les rendit vulnérables aux attaques des Iroquois. En 1644, les Iroquois capturèrent trois flottilles de canots transportant des fourrures vers les Français. Une attaque lancée peu après, en mars 1649, aboutit à la destruction pure et simple de la nation huronne. De nombreux hurons s'enfuirent vers l'ouest, où ils furent assimilés par d'autres tribus. La puissance huronne était révolue à jamais.

Les Iroquois ne se contentèrent pas de détruire la nation huronne. Six mois plus tard, ils se lançaient à l'assaut de la nation des Pétuns, et, en 1650, ils dispersèrent les Neutres et expulsèrent de la vallée de l'Outaouais tous les Algonquins qui s'y trouvaient.

Les Iroquois ne s'en prirent pas qu'aux autres tribus indiennes. Leur haine pour les Français remontait à l'année 1609, lorsque Champlain, avec l'aide des Algonquins et de leurs alliés hurons, avait mis en déroute 200 de leurs guerriers. Cet incident devait avoir des répercussions pendant près de cent ans. Le harcèlement continuel dont les Iroquois affligeaient les colonies françaises de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec n'en fut pas le seul exemple.

Les conflits entre Français et Anglais

Pendant plus de cent cinquante ans, les Français et les Anglais se battirent pour le contrôle des terres et du commerce au Canada. Les «coureurs des bois» français, qui étaient souvent métis, pénétrèrent dans le nord de l'Ontario jusqu'aux Grands Lacs et au-delà, à la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement en fourrures.

En 1670, le roi d'Angleterre donna à la Compagnie de la Baie d'Hudson le contrôle de toutes les terres baignées par la grande baie dont la Compagnie tirait son nom. Dès lors, la lutte entre les deux nations pour le contrôle des fourrures des Indiens devint féroce.

Les commerçants des deux puissances pénétrèrent plus avant dans le continent, renouvelant partout le scénario tragique qui s'était déroulé sur la côte est du Canada et le long du Saint-Laurent. Les Indiens, attirés par le commerce, devenaient de plus en plus dépendants des produits manufacturés, alors que les armes à feu et la maladie décimaient les populations humaines et animales. Les rivalités entre les tribus furent portées au paroxysme. Les Cris et les Assiniboines, par exemple, se déplacèrent peu à peu vers l'ouest et vers le nord à la recherche de fourrures, bousculant les autres tribus sur leur passage.

Lorsque Montréal capitula devant les forces britanniques en 1760, et que prit fin la puissance française dans le Nouveau Monde, les articles de la Capitulation stipulaient que les anciens alliés indiens des Français ne devaient pas être punis ni dérangés dans la possession de leurs terres.

Trois ans plus tard, dans la Proclamation royale qui définissait les frontières de la nouvelle province de Québec et des colonies américaines, les droits des Indiens furent définis encore plus clairement. La Proclamation faisait état de l'immense territoire s'étendant du Mississippi aux Appalaches comme d'un «territoire indien». L'achat et la colonisation de ces terres furent strictement interdits à moins d'autorisation spéciale de la Couronne.

Pendant la Révolution américaine, et plus tard pendant la Guerre de 1812, les Britanniques sollicitèrent l'aide des Indiens contre les Américains. Les forces indiennes, commandées par des hommes comme Joseph Bryant (Thayendanega) et Tecumseh jouèrent un rôle important dans la défense militaire du Canada.»


7. Les Indiens du Canada. - Ottawa : Affaires indiennes et du Nord Canada, 1990. - P. 5-23 , P. 55-59



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